lundi 24 octobre 2016

Jour 5 et 6, le yin et le yang


Le matin, je me suis réveillé avec les restes de la journée d’hier dans les pattes. Je me suis dit que je n’allais pas trop forcer aujourd’hui, pour ne pas tirer sur les jambes. Il faut dire que la veille, j’ai fait mes calculs, j’ai marché pendant 10 heures, plus une heure de pauses variées. 35 km d’avalés, le dénivelé on en avait parlé, c’est du brutal. Avec 13 kilos sur le dos. Je vous raconte pas la nuit, j’ai laissé ma marque dans le futon tellement j’ai bien roupillé.
Voie de l'illumination

J’ai quitté l’hébergement assez tard parce que le gérant ne comprenait pas tout ce que je lui disais. Je voulais qu’il appelle sakae taxi, un lieu ou je pourrais dormir le soir, et il ne comprenait pas bien. Je savais que c’était un copain à lui, mais il ne savait pas qu’il offrait l’hébergement. J’ai dû insister un peu. C’est un japonais à l’ancienne, qui fait des aaa, ooo, eee, quand il est contrarié, ou qu’il comprend pas bien, ou qu’il montre un truc. Avec une belle voix grave, on se croirait dans un film de kung fu. Je quitte mon hôtel pour le bangai 2.

Et c’est officiel, je kiff les bangai. C’est des temples un peu isolés, calmes, avec peu de personnes, où tu peux vraiment prendre ton temps pour penser à tout le monde et prier en paix. J’ai bien fait d’en profiter, les temples prévu au programme sont en ville, et une sacrée ville, Tokushima. Moins calme donc. La dame des calligraphies parlait même français, un petit peu m’a t’elle dit. Je lui ai répondu que je savais même pas dire un petit peu en japonais, et on a beaucoup rigolé.

En route pour le temple 13, il ne portait pas malheur, mais le pauvre est séparé en deux par une route on pourrait dire départementale pour nous. C’est assez surprenant pour nous français qui tapons sur toutes les religions et qui ne voulons pas de nouveau sacré, surtout s’il comporte un minaret, mais au Japon, le sacré est partout. Pas une rue sans autel, grand ou petit. Et le bouddhisme et le shintoisme sont tellement copains qu’ils partagent des temples. Vous avez donc un portail et un tori pour rentrer, et chacun vit sa vie. J’ai vu des églises avec des petits autels shinto devant aussi, pas de problème.
Oui il fait beau ! Pas de chance on est en ville, donc pas trop de photos jolies

Je m’arrête à une poste pour récupérer un colis, mon téléphone jap, et paf ! fermé. Des japonais qui ferment, impossible me suis je dit. Et bien si, on est dimanche. Bien joué la préparation. Faudra revenir.

Les autres temples sont en ville et je l’admets, je n’étais pas en mesure de les apprécier. Mes pieds me faisaient souffrir, et je me demandais comment j’allais terminer la journée. Après le 16, je me suis mis en quête de Sakae taxi, pour poser mon barda. Impossible de trouver. Je m'arrête dans une hutte (un monsieur qui offre son garage pour que les gens se reposent) pour le repas, et je repars. Je demande à des gens d’appeler (vu que j’ai pas de téléphone) Et le monsieur débarque avec sa voiture pour m’emmener chez lui, normal. En fait, l’endroit que j’avais choisi pour manger, c’était là aussi pour dormir. Juste au dessus finalement. On m’explique que deux canadiennes sont déjà là, mais qu’elles visitent. Je pose tout, et marche jusqu’au 17 avec mon carnet de temple. Quel bonheur de marcher sans rien sur le dos ! Je rentre à 16 heures. Je lis un peu et le sommeil me prend déjà. Je finis par m’endormir vers les 19 heures.


Réveil 7 heures, oui bonjour 12 heures de sommeil ! Frai et dispo pour attaquer une journée qui s’annonce chargée, et pas de chance, le bureau de poste ouvre à 9 heures. Ça me laisse l’occasion de discuter avec les jeunes canadiennes qui ont terminé leur pèlerinage, et qui prennent le temps de visiter l’intérieur de l’île. 2 heures c’est pas assez. On avait tant de choses à se dire. La gentillesse des gens, le fait que certains ne voient jamais leur famille tellement qu’ils bossent. Ceux qui dorment dans leur voiture pour être plus proche de leur travail, les dimanches qu’ils prennent séparément pour leur loisirs, les un mois de congé annuels de certains. Un mois ? Mais c’est pas mal. Ah, mais ils comptent les dimanches, les jours fériés, … Ça fait mal. Bref, beaucoup de choses à raconter, mais pas le temps, il faut déjà repartir. Elles pour Osaka, et l’avion, moi pour la poste.
Assez choqué à la poste par le niveau de soumission des employés. Une dame au guichet et sa chef, derrière, de 20 ans sa cadette. Et bien attention. Voyant que la vieille n’arrive pas à dialoguer en anglais, elle lui lance un mot sec et la vieille me salue jusqu’à que sa tête touche le comptoir et elle vaque à ses occupations. Je me sentais mal pour elle. Mais bon, j’ai mon téléphone. Je pourrais appeler à l’aide.
Le problème, c’est qu’il est 10 heures maintenant, et que je ne suis pas du tout sur le chemin. Pas de bus, pas le choix, il faut marcher. Et marcher vite si je veux arrive à mon endroit pour dormir. Et bien on peut dire que je n’ai pas chômé. J’ai fait plus de 30 km en 7 heures. Oui oui, on est au dessus de la barre des 4 km/h avec le sac sur le dos. Il fallait arriver avec la nuit, et je vous raconte pas le stress quand j’ai vu michi no eki Onanosato (mon objectif) 5 km, alors que le soleil touchait les montagnes en face de moi. Les 5 derniers km fait en 40 minutes. Au moins je sais que j’en suis capable.
Je ne savais pas à quoi m’attendre avec ce michi no eki, mais je sais maintenant que je devrais éviter pour la suite. Je suis dans un petite hutte, en bois, à côté d’une nationale, avec des gens qui s’arrêtent toutes les deux minutes pour faire une pause, passer des coup de fil, des trucs comme ça. Mais bon, Kukai, en son temps, il avait pas tout ça. Il a même passé une nuit sous un pont, pour vous dire. Ça l’a pas empêché de devenir Bouddha. C’est peut être pour ça qu’ils construisent des tas de trucs pour les pèlerins maintenant, comme cet endroit où tu peux t’arrêter et prendre un café ou un thé.
C’est qu’ils se disent que le prochain Bouddha il marche peut être sur Shikoku, alors autant bien le recevoir. Et allez savoir, peut être qu’il sera plus poilu que l’ancien. Et plus français aussi !
Que la force soit avec vous
Le soleil se couche sur l'objectif de demain, et je me couche aussi !
Furansua

1 commentaire:

  1. Sista' and Co25 octobre 2016 à 02:33

    Ca fait du bien de te lire ! Entre le démantèlement de la Jungle et le racisme que ça engendre, entre les petits pains à 15cts de Copé et les grèves de policiers, ben on en oublierait presque que le monde est beau et qu'on est libres... quand même.... Merci en tout cas pour le voyage par procuration ! des bizzzz

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