jeudi 3 décembre 2020

une bonne nouvelle

 


La journée commence sans un bruit. Il restait de l'eau chaude dans le thermos du papi alors je me suis fait un petit cacao, et il a fait du bien parce que les températures chutent. La journée il fait encore assez chaud pour se balader en tshirt, mais la nuit c'est pas le top. Un japonais m'a dit que en ce moment, la nuit elle tombe comme un seau dans un puit. C'est une expression nipponne. Et c'est assez vrai. 

La journée ne devait pas être très méchante, mais comme c'est souvent le cas, quand j'ai du temps, je le prend, et du coup je termine aussi tard que si c'était chargé. En gros, on trouve un accès internet, on discute, on prend un petit café, on reprend la route, mais on retrouve un petit accès internet, alors recafé, après faut trouver un endroit pour "l'après café" enfin bref, on flâne quoi. 

Je trouve un japonais sur la route du temple 10, carte à la main. Je lui dis de me suivre, puisque j'allais au même endroit. Et en fin de discussion, alors que je lui montrais un magasin qui accepte de garder les sacs des pèlerins, il m'appellera "Daii Senpaii" ce qui veut dire grand vétéran ^^ Et il est vrai que je connais pas mal de combines, de chemins, de gens, maintenant. Je me dis toujours que c'est un bien, et un mal, car on est certains des expériences que l'on aura, mais on ne saura jamais si on peut avoir mieux. Si l’hôtel qui est bien de d'habitude est moins bien que l’hôtel d'à côté, je ne le saurais peut être jamais. Mais bon, ça fait toujours plaisir.


En haut du temple 10, à la calligraphie, je reconnais la vieille dame d'il y a 4 ans et 2 ans. Elle n'a pas la force d'appuyer fort sur les tampons, alors le rouge vermillon des autres pages est ici presque rose. Mais elle est là, fidèle au poste. En descendant, je croise un autre volontaire, tout vieux lui aussi, qui ramasse les feuilles. Et alors que nos regards se croisent, une bourrasque recouvre le chemin qu'il venait de nettoyer. Je prends un balai pour l'aider un peu, et pour apaiser ses protestations, lui dit que je voulais simplement discuter un moment. On parlera comme souvent, du henro, de la France, du Corona, du volontariat... C'était un drôle de moment avec ce petit monsieur. 

Voilà plusieurs jours, voire semaines, que je pensais à me couper les cheveux. Ca devenait franchement n'importe quoi. Et une révélation en sortant du temple 9, un barbier, qui à l'air plutôt récent. Je voulais éviter les vieux et les vieilles coiffeuses, parce que j'étais pas sûr du résultat. Là, je rentre, et tombe sur un jeune homme qui jouait sur son portable, et qui sursaute à ma vue. Tout paniqué par une double nouvelle expérience : un henro, et un français, 2 en 1 ! Il se rassure quand il m'entend parler français. Je m'installe, et je lui dis : Vas y, fait ce que tu veux, je veux juste que les japonaises me trouvent sympa. Et il activera les ciseaux, la tondeuse, les serviettes chaudes, les massages, et la chaise qui bouge comme chez le dentiste (au dentiste?) 2 heures plus tard, voilà le résultat !
Sa mère nous apportera le café, elle aussi a fait le pèlerinage, mais en voiture. Elle m'avouera même n'avoir jamais récité le sutra, hannya shingyo, par manque de temps. 8 jours pour le tour ! 









Je pose ma tente dans une hutte toute fermée, au pied de la montagne que je vais gravir le lendemain. Un papi arrive, et toutes les personnes qui galèrent dans un langage comprendront ma douleur, il a un dentier mal ajusté ! Les mots de base sont à peine intelligibles, et c'est d'eux que je pars en général pour faire un sens avec les phrases. En gros, si vous ne comprenez pas tous les mots, mais que vous captez : ici/toi/une négation/Corona/désolé 
vous savez que vous ne pouvez pas rester. Mais là, pas certain. Il se trouve qu'il refuse à la plupart des gens de rester dans sa hutte, mais vu que j'ai une tente, Corona ne me touchera sûrement pas, alors ça va ^^

Et donc le lendemain, direction la montagne, pour le temple supplémentaire numéro 1 ! Je me souvenais d'une montée assez pénible, mais c'est certainement car c'est le premier temple de montagne du pèlerinage. Hors, mon corps est maintenant rompu à la vie de henro ! Je ne sais pas si je l'avais marqué avant, mais je le redis ici, je me rend bien compte de la chance que j'ai. Je pousse mon corps dans toutes les directions, à porter un sac trop lourd, à manger à des horaires très variables, à marcher sur du goudron pendant des heures, et il est toujours d'attaque. C'est incroyable tout ce qu'il me laisse faire. Je me dis que l'on ne sait pas combien de temps ça peut durer. Quand je vois les anciens qui s'embarquent dans l'aventure, je me demande si moi aussi, mon corps me permettra ces excès plus tard. Qui sait...



ambiance jungle

Ce temple est très beau. Il doit motiver chaque personne qui a décidé de faire les temples supplémentaires. Il doit y avoir deux écoles. Ceux qui ne le font pas, et qui regrettent parce qu'au final le pèlerinage leur a semblé trop court, et ceux qui tentent les supplémentaires et arrêtent parce que c'est trop dur. Je suis presque toujours dans le 2eme camp, pour presque tout dans la vie. On essaye on verra bien. ^^

250 marches, 6 minutes !!!



ya du boulot !



Mais alors, et la bonne nouvelle vous demandez vous ?! J'y viens. Alors que je faisais tamponner mon bouquin au temple 4, le monsieur me demande, à pied ? Je lui répond que oui. Les 3 ? oui ! Wow, incroyable, félicitations ... Et je lui parle de mon plan de devenir guide, plan que j'avais un peu abandonné ... Et il me parle alors de ses plans à lui. Il est Jushoku, chef de temple. Un des jeunes ! Et un de ceux qui essayent de changer les choses. Jusqu'à maintenant, pour être guide, il fallait une adresse physique au Japon, ainsi qu'assister à la cérémonie en décembre à Zentsuji. Presque impossible pour les étrangers donc. Mais si sa proposition est acceptée, une adresse mail suffit, et on peut recevoir la panoplie de guide à la maison en France ! Mais je lui dit que je ne sais pas encore bien la vie de Kukai, comment prier correctement aux temples, tout ça. Et il me dit, les 4 tampons, ce n'est que le début, c'est ensuite qu'il faut étudier, c'est ensuite que ça devient difficile ! ^^ Me voilà beau. Mais il m'a remotivé pour faire mon 4eme tour, et candidater pour être guide officiel. On verra bien ce que l'avenir nous réserve !







coucou !




 

mercredi 25 novembre 2020

Mon 100 ème article ! Juste avant les vacances

 Et bien ! Je ne sais plus compter les jours. Honnêtement, je crois que je n'ai pas couvert les 5 derniers jours. Je vais quand même tenter de remonter dans ma mémoire, les photos aidant, mais je ne crois pas me souvenir de tout. Une chose est sûre, ne jamais croire google. Le temps est beaucoup trop changeant pour qu'il soit d'une aide quelconque. Il annonce la pluie, puis le soleil. Je me lève sous un ciel radieux, et vers midi, un gros coup de vent, et la pluie s'invite... Enfin, je ne peux certainement pas me plaindre de la météo !




15 euros la bouteille ?!


 

Je me suis autorisé une petite grasse mat', je me suis levé à 7h ! Tout a eu le temps de sécher, et après un petit déjeuner de héros, j'étais paré pour ma petite journée, qui me menait vers Tokushima. Mais une photo va changer ma motivation pour la journée :


Enfin les montagnes, avais je écrit il y a 4 ans, et il y a 2 ans. Enfin, la ville est terminée, enfin je vais avoir droit au tranquille, sauvage Shikoku... Oui mais, je suis à l'envers... Ce qui veut dire que ce sentiment devrait être inversé. Et vous savez quoi ? C'est exactement ce qu'il s'est passé. Déjà, le trafic se fait plus intense, on partage la route avec les camions qui s'activent à vider les entrepôts de mandarines. On passe des champs à une banlieue. Des lotissements, bien rangés, toutes les parcelles bien serrées les unes contre les autres, clôturées. Certaines maisons vides, le jardin ayant remplacé le dernier occupant, les plantes ont envahi les fenêtres, la voiture qui est restée là, la porte... Mélancolies, quand tu nous tiens. Je veux dire, est-ce uniquement au Japon que la solitude est poussée à l'extrême? Vous imaginez mourir sans que personne ne prenne le temps de ranger vos affaires ? C'est d'un triste. Et ce sentiment de tristesse ne fut qu'exacerbé par une dame, dans le temple principal du temple 19 (en gros, un temple est divisé en plusieurs parties, celles qui intéresse particulièrement le pèlerin est le temple principal et le temple de Kobo Daishi, mais il peut y avoir des temples annexes voués à divers Dieux, voire à une autre religion) Cette dame donc, en pleure car son fils est décédé, et son mari aussi, et elle était inquiète de savoir qui honorera la mort de son garçon quand elle aussi partira. Étrangement, les temples apparaissent aux pèlerins occidentaux comme des lieux de paix, de calme. On en oublierait qu'ils sont là avant tout pour apporter du réconfort à ceux qui ont perdu un être cher. Si personne ne peut vous comprendre, au moins un Dieu peut vous écouter, je suppose... 


il n'y a pas que les mandarines dans la vie, il y a les Kakis aussi !


pendant ce temps là, moi, j'arriverais à faire crever de la mauvaise herbe par manque de soin ^^


le temps de réciter une prière, 3 rafales de vent et pim ! Entre la photo du gingko un peu plus haut et celle ci, 30 minutes !!!


On a besoin d'un volontaire dans ce temple !

La taille de la marche !!! mon bâton fait 1,5cm !


 Heureusement que la suite du programme allait me remettre un coup de boost !

 Je vous ai fait peur hein ? ^^ Comme je me connais, avec mes sentiments qui jouent au yoyo, dès que je sens que je vais passer par une phase difficile, je me prépare des bonnes choses de l'autre côté de la balance, et je vous propose le combot :

- marche sans le sac

- Hotel de backpackers

- ptits restaurants tous les soirs !

Voilà de quoi chasser les nuages non ?! Bon évidemment, premier soir, on est deux dans le dortoir, et le japonais est le plus gros RONFLEUR DE TOUS LES TEMPS ! Incroyable. Il doit être dans le top 3 en terme de puissance sonore, mais c'est la constance de son ronflement qui était hors du commun. Vous voyez ce moment quand un ronfleur fait RRRrr, RR ! RR ! et ya une petite pause ? C'est le signal universel de "tu as 5 minutes pour t'endormir" mais pas avec lui. Aucune pause, aucun repis. Mais internet est là ! Ecouteurs dans les oreilles, musique pour s'endormir, 8 heures. Merci bien !

Quelques discussions le matin au petit déj avec les autres backpackers qui ont eu la bonne idée de prendre une chambre individuelle. C'est toujours sympa, la diversité d'horizons, de styles, de raisons à venir à Tokushima. Toujours intéressant. Bon, ça me met grave à la bourre, mais c'est intéressant ! ^^ Au programme aujourd'hui, temple 17 16 15 14 13 et le Bekkaku 2. Ca va chanter du Hannya Shingyo en masse ! Et une autre chose que je n'avais pas prévu... C'est dimanche. Et c'est un jour d'auspices favorables. Et les japonais sont donc, en temps libre, et superstitieux, donc les temples sont plein. Je me suis transformé en marathonien du pèlerinage, enchainant les tampons, priant de loin pour éviter les contacts... Bouddha me pardonnera j'espère !



on reconnait des minets d'il y a deux ans !





Heureusement le dernier temple est un temple supplémentaire, donc je l'aurais pour moi tout seul. J'aiderais un peu la dame avec les feuilles mortes en parlant de mon passé d'auxiliaire de temple. Je prends un train pour me ramener à l'hotel, manger les ramens spéciales du coin (en vrai, ils disent c'est les ramens de tokushima, mais c'est les même qu'ailleurs... Marketing, quand tu nous tiens ! mais les gyozas étaient bons !) Et en avant pour la nuit ... d'enfer ! Le ronfleur était parti, mais les japonais se sont lancé dans une guerre du chauffage ! 27 degrés les malades, dans une pièce avec 10 bonhommes ... Des étrangers sont rentrés tard dans la nuit, ils ont baissé tous les thermostats. Puis le japonais a tout remis à 27 (parce qu'on peut pas plus), et le vieux renard que je suis à ouvert une fenêtre pour pouvoir dormir. Parce que dormir en caleçon sans couverture au mois de novembre, c'est pas sain !

Le jour d'après, grosse session ! J'ai peaufiné un plan pour me permettre d'affronter le temple le plus difficile du pèlerinage (à vous de reprendre tous en coeur : OTAKIJI !). Je prend le train, je grimpe 15 kilomètres pour atteindre les 900 m d'altitude, puis je redescend et je dors au chaud. Pas mal non ? Bon, il faut vraiment que ce temple soit en montagne pour que je trouve le courage de l'affronter, mais ça se passera bien. Du côté "normal", il y a des pentes à 45 degrés dans une végétation dense qui empêche toute lecture du paysage, et aucun endroit ou poser son sac, ou dormir, ou manger. Du côté de cette année, une petite route de montagne, une ville au départ et donc à l'arrivée pour se restaurer, et une pente douce tout le long ! Bon, une nouvelle fois, le temps se fera menaçant vers la fin, mais j'ai traversé cette journée comme sur un nuage, rapidement, sans douleurs ou fatigue, sans sac aussi, et avec une omelette japonaise en récompense le soir !




petite route !









Avec cette photo vous pouvez analyser la société japonaise. C'est pas tout le monde fait les choses bien. C'est tout le monde fait comme le voisin. Tout le long de la route, vous avez le passage pour une voiture dégagé, alors que deux voitures se croisent. Mais il ne faut pas être celui qui dérange, qui est hors sentier. Et devinez qui fait voler les feuilles mortes avec ses chaussures !!! BIBI!!!



sur la droite de la ruche, au milieu de la photo, un gros bétia orange. Suzumebachi, frelon asiatique, en train d'attaquer une ruche ! Donc je prend un bâton et ...

BIM ! Méchant frelon déglingué, les abeilles chantaient mes louanges, et elles m'ont offert le secret de l'immortalité, et ... Non, j'ai juste fumé le méchant. C'était un peu dangereux mais on les embête tellement les petites bêtes que je me suis dit, j'en prend une pour l'équipe !
Il fait pas beau

 
Et puis vient le jour du départ, le moment de reprendre le sac sur les épaules, et de planifier l'endroit où dormir le soir. J'aurais repris mon sac exactement 5 kilomètres ! Le temps de trouver un papi que j'avais croisé avant, qu'on discute un peu, qu'il me laisse dormir dans son garage, que j'y pose mon sac et en avant !!! C'était une journée un peu folle et j'étais bien content d'avoir réglé ce problème le matin même. Bon, déjà, j'étais encore en retard après les discussions du petit déj. Mais en plus, aujourd'hui c'était ouf ! Du temple 11, au 12, et retour. C'est une des parties les plus difficiles du pèlerinage. 12 km, entre 4 et 6 heures que c'est écrit sur le bouquin, donc 24 km, entre 8 et 12 heures logiquement. Oui mais voilà, j'attaque à 10 heures la montée. L'occasion pour moi d'établir un nouveau record : 3 heures la montée, 1 heure temple prière repas, 2h30 descente ! Quel bonheur les montagnes. Les oiseaux, la terre sous les pieds, la nature quoi. J'y ai rencontré pas mal de monde, étrangement, les contacts se font plus facilement que dans les villes, tout le monde s'arrête, pose des questions (sauf dans les temples, où  les pèlerins voiture me regardent bizarre en général) et j'ai discuté avec un jeune de la ville qui faisait son footing, et qui connaissait lui aussi le papi chez qui je restais. Il viendra pendant la nuit m'apporter ... un harmburger Mac Donald ^^






















Ca veut là ou le henro tombe, le 2eme endroit difficile sur les 6, donc les 12 pour moi !!!








Je vous garde les deux prochaines jours pour un autre, ca fera moins long je suppose. Vous me direz si c'est trop court, trop long, pas assez Claude Sautet dans le style ...