lundi 24 février 2020

Au commencement, il y avait FujiSama

Depuis que le ciel et la terre se sont séparés en Suruga, le haut pic du Fuji se dresse sublime comme un dieu. Quand je le regarde de loin dans la plaine du ciel, du soleil qui traverse l'espace, il cache les rayons de la lune. Les blancs nuages  hésitent à passer. Na neige y tombe sans souci de la saison toujours on parlera de lui ce haut pic du Fuji. Man.yôshû III, 317 (traduction : G. Renondeau)

Il fallait un début à mon périple. Quelque chose pour faire une transition, entre une vie de renoncement et une vie vécue pleinement. Je ne crois pas pouvoir mieux faire. Le moral un peu bas après avoir quitté le temple, je reprends un sac sur le dos et les trajets de bus pour rejoindre Osaka, brièvement, juste pour récupérer Adrien, un ami expat' en Nouvelle Calédonie. Il profite de son retour en France pour passer me faire un court coucou. Ensemble donc, on prend le TGV japonais, le fameux Shinkansen, pour rejoindre un lieu tenu secret... Bon, une seule photo vous mettra sur la piste.  
il est quand même beau
Je ne pensais pas encore que ce sommet parfait allait me faire autant d'effet. Pour l'instant, j'étais trop occupé à bavarder avec mon pote. Plus d'un an que je ne l'ai pas vu. J'aurais cru lui dire au revoir il y a quelques mois. Le temps file beaucoup trop vite. C'est comme quand je pense à vous, je me dis que je vous ai quitté il y a quelques semaines... Plus de 4 mois ! Impossible...
Depuis le bus, je vous préviens, yen a encore !
 Les 800 mètres qui nous séparent de l’hôtel sont rapidement avalés. On veut se laver, après les sièges d'avion, de bus et de trains en tout genre. Et Adrien va tout découvrir d'un coup. En premier, la gentillesse du personnel. On nous accompagne vers la chambre, on nous montre tout, on accepte que l'on prenne les petits déjeuners n'importe quand, que l'on réserve une nuitée supplémentaire le jour même sans une once d'énervement. La propreté aussi. Des rues, des gares, ... Puis vint la révélation :
Onsen avec vue sur le lac Kawaguchi et FujiSan
 Et je crois que j'ai crée un monstre. Adrien ira 3 fois par jour là dedans. Non pas que je ne le comprenne pas ^^. C'était déjà assez tard, et on s'est mis en quête d'une taverne. L'indien fermé (le hors saison n'a pas que des avantages), on s'est rabattus sur un petit restaurant très japonais pour se sustenter 
Avec Michael Jackson en fond sonore
 Ce sera la première fois que nous choqueront les japonais avec les quantités de nourriture que nous mangeons. Cette spontanéité fait un bien fou. 
"excusez moi, la même chose s'il vous plait." 
"Héééé !!!" 
A nouveau un ptit onsen avant de se coucher, et en avant pour ma première grasse mat' de l'année! 

En fait non, réveil 5h, impossible de me rendormir. Je décide d'aller faire un petit tour en courant, à la fraiche. Et je n'arrivais pas à courir normalement. Je me retournais toutes les minutes pour prendre une photo.













 
Et c'est revigoré par cette ballade bien fraîche que je rejoins mon camarade, tout juste sec du onsen, pour se manger un petit déj de flibustier ! Ca commence doucement, avec un petit bout de poisson, riz, thé, oeuf et saucisse dans un plat qui chauffe devant vous, et une soupe. Puis vint la salade, les tempuras, l'émincé de boeuf, les fruits, ... Trois jours au top, en variant quelques petites choses, comme la soupe de grosse pâte qui devient soupe de crabe, entre autre. On ne se sera pas demandé où on pourrait prendre un autre petit déjeuner.
Nous sommes allé ensuite prendre un bus pour visiter les environs. Une première belle découverte avec un petit village traditionnel, recréé pour l'occasion, avec des artisans dans les maisons, qui vendent des trucs que l'on ne peut pas s'acheter. L'ambiance y reste belle. Un truc nous choquera avec Adrien, la tête des touristes que l'on croise. On dirait qu'ils nettoient les toilettes d'un temple après 12h de boulot. Non, en vrai, je souriais plus qu'eux. Le temps de prendre quelques photos, et de manger des udons, et nous voilà de nouveau sur les chemins à travers une belle forêt. L'objectif de la journée : deux grottes ! Notées comme les choses à faire dans la région, on ne peut pas dire que ce soit une réussite. La grotte de glace et du vent, nous ont laissé froids et de marbre. 10 minutes le tour en trainant des pieds, 3 euros l'entrée ... Il faudra bien le onsen pour nous faire oublier tout ça ! Et pour finir, puisque Adrien à kiffé les takoyaki (boules aux poulpes en traductions ^^) donc on est allé dans un resto spécialisé la dedans. Bonjour deux omelettes japonaises (okonomiyaki) et 12 takoyaki. Héééé ?!























 Le lendemain, on s'est levé tous les deux assez tôt pour avoir un joli levé de soleil proche d'une pagode celebre, arakurayama sengen park. La marche était un poil difficile de bon matin, surtout qu'il y avait 200m de dénivelés en escaliers (une jeune demoiselle se ramassera même bien comme il faut en voulant éviter ma photo. Pov ptit chat dira t on toute la journée, en référence a son bonnet kawaii), mais une nouvelle fois, le spectacle était au rendez vous. Il est beau quand même, ce Fuji San. On dit San parce que dans l'esprit japonais, ce n'est pas une montagne mais un esprit sacré. 






 
Puis nous sommes allés faire des visites de musée (après le petit déj, bien entendu) Le premier était réellement au top, pour l'ambiance, le personnel, et le contenu. Kubota, un monsieur qui a relancé l'art du kimono, avec des pièces très belles ainsi que ca collection personnelle d'objets anciens. Photos interdites, mais plaisir réel. Le fait que je parle un peu japonais aide aussi, car même dans les endroits touristiques, les traductions existent mais la discussion... c est pas ca !








On enchainé avec une pause gourmande (gateau de riz et soupe d haricot sucrés) puis un musée gratuit pour lequel je n aurais pas mis deux sous, la foret musicale. Et tout commencait plutot banalement, avec une replique d un jardin européen avec fontaines et petits cafés, mais au détour d une porte, la magie opère. Un super duo piano violon, et un dessinateur sur sable, pour recréer le conte de blanche neige. Féerique. Voir les tableaux evoluer sous les doigts habiles de l artistes, emporté par la mélodie de classiques classiques (carmen, les 4 saisons, des classiques du classiqie quoi ) m a beaucoup plu, et a beaucoup reposé adrien ^^. On etait sur une bonne lancée, apres notre deception des grottes d hier, alors on a continué avec un autre musée. Une vingtaine de photos intéressantes, sinon rien a signaler. C est ainsi que l on a decidé d arreter les musées pour aujourd'hui. Pour faire une activité très japonaise : le base ball. Le pays etant fan de ce sport, il y a des petits spots pour batter des balles lancées entre 90 et 120 km/h. Et étrangement, j etais pas si mauvais que ça. Pour Adrien c'était ... plus mitigé. C etait un tres bon moment, l adrenaline etait la (mine de rien 120 km h ca file) et le plaisir de percuter cette petite balle avec une batte etait immense.
 
 


On a terminé la partie touristique avec une petite rando histoire de prendre le fuji avec un coucher de soleil. Je vous laisse ici le resultat.








 
On a trouvé un petit bar traditionnel pour terminer la journée, après les onsens bien sûr. Une petite salle pour nous, un petit bouton quand on a faim ou soif, et un monde a finir de refaire. On avait quand même bien marché, la fatigue du voyage encore un peu présente, ca ne nous a pas coûté cher en saké ! Mais pour le dernier verre, qu'elle ne fut pas notre surprise en decouvrant de la chartreuse ! Et la 1605 s'il vous plait ! 4 euros le grand verre. Il veulent vraiment que je reste la bas. C est sur cette note sucrée que notre séjour proche de FujiSan se terminera. Beaucoup sont déçu car le mont se cache, derrière l humidité, les nuages, la pluie... nous, 3 jours clairs ! une chance ? Une providence ? Un message ? J y reviendrais sûrement avec mon ptit van. 


Pour nous, c est direction Tokyo ! Une toute autre expérience, qu il faut avoir fait paraît il. Alors faisons ! Merci pour votre lecture, et n hesitez pas a donner votre avis, puisque tout est nouveau !

Nouveau départ


Voilà 4 mois que je remercie Shikoku du mieux que je peux, en priant, coupant, debroussaillant, plantant, nettoyant, chantant, portant, renettoyant, poussant, posant, redebroussaillant, cueillant, brûlant, ... 

Si je pars, et tout le monde l'a vu ici, ce n est pas par fatigue physique, mais mentale. Tous les jours 5h du mat, tous les jours sauf 4, du boulot pendant 12h au moins. Et le départ tombe à pic, puisqu'un ami vient au japon pour quelques jours en transit, et donc en transition pour moi, avant d attaquer ... le tourisme ! Vous avez été nombreux à le demander, donc voilà le projet : un camping van pendant un mois pour me deplacer et dormir a moindre coût, et des idées plein la tête. Un site sur internet, jipangu, regroupe toutes les bonnes adresses de la blogosphère japonaise, et elles sont nombreuses. Chaque jour, je ferais environ 100km, en m arretant ca et la, pour un temple, une cascade, une montagne, un festival ou une ville. Extrême transition donc, en passant de l abandon total de soi pour se plonger dans le travail à l'ecoute totale de soi pour profiter des vacances.
Le depart fut quelque peu mouvementé. Le club de badminton voulait profiter de moi encore quelques temps, alors on est allé dans des clubs voisins pour jouer encore plus. Puis ils m ont gâté en me proposant une fête de départ digne d un roi. Tout le monde etait là, 3 plats qui mijotent sur la table, bouillon curry viande legume tofu champi, bouillon poisson creme legumes tofu champi, et un bouillon non identifié car trop loin de mon assiette ^^. Il y avait aussi sashimis, huîtres et petits fours, et un gâteau. Il y eu un tour de table ou chacun racontait une petite anecdote avec moi, me remerciait, m encourageait pour la suite. (Larmes) puis des jeux de cartes, discussions, photos jusqu'à minuit passé.






Des cadeaux plein ma besace, je les ai quitté l'oeil humide.Et le moins que l'on puisse dire, c est que le contraste avec la fête de depart du temple était saisissant, puisque la fête c'était... ben rien en fait. Un des gamins est venu me voir pour me souhaiter bonne chance, Kumagai chan elle aussi m'a encouragé dans ma démarche, ainsi que Abe sensei. Mes deux amis volontaires lèveront le nez de leur bol de riz pour me souhaiter bon voyage, le jushoku me parlera dans la voiture pour aller au bus... une épreuve ascétique en plus? Ne t attend pas a être aimé ou regretté ? Epreuve de trop si vous voulez mon avis. Mais je reste bien dans mes bottes, j ai fait ce que j avais a faire, je ne les changerais pas, et le sourire des filles du bad est un pansement pour l'âme que rien ne saurait infecter. Je leur ai laissé un joli cadeau en partant tout de même

C est donc la, dans le bus, que j écris ces lignes. Du passé faisons table en marbre (cf Kaamelott) et partons sur des bases solides. Je travaille un peu le blog pour qu'il soit plus instinctif pour vous, plus clair, et plus simple pour moi.
Ca risque d enchaîner vilain, vous êtes prévenus. Et n oubliez pas que la patience est un plat qui se mange sans sauce !

jeudi 13 février 2020

Mon japon



Beaucoup d'articles concernant le Japon commencent par "le japon de la tradition" ou de la modernité, des mangas, des geishas,... je n ai jamais trouvé mon japon dans ces descriptions. Alors je vais vous le décrire. 
Mon japon, il est lumineux. Comme le soleil qui se lève derrière les montagnes, la bas, spectacle que je ne manque jamais. Comme le sourire du jushoku également. Un sourire plein, vrai.
Mon japon, il a le bruit de l alarme, tous les matins, a 5h. Un bruit que l'on voudrait étouffer, mais que l'on évite pas. Que ce soit pour nettoyer les feuilles ou quelques exercices de karaté avant la prière, inlassablement, tous les matins, je me lève a l heure ou je me couchais avant !
Mon japon, il croule sous le travail. Je me demandais ce qui poussait les gens a repousser les limites du corps et a travailler tellement que le moindre moment de confort, on s endort instantanément. Et bien je suis un de ceux là maintenant, 85h par semaine en moyenne sur les 4 mois. Et quand je parle de confort, c est un talus, une chaise, un sol pas trop froid, ... et tout vous pousse a travailler. Les japonais ne s'arrêtent pas, ils peuvent repasser le balai a l'endroit même où ils sont passé il y a 30 minutes. Ils sont loin d'être efficaces. Pour planter des arbres en rang dans un champ rectangle, il faut 30 minutes pour planifier. 10m de large, on veut 4m a droite, et 2m minimum entre les rangs. 30 minutes... Imaginez mon horreur quand on a attaqué un champ en triangle ! Je suis allé faire du debroussaillage pour me calmer. 
Mon Japon, il sent la fumée. Certains jours, a 9h du matin, j avais allumé 3 feux. Un pour faire de l eau chaude, un pour faire du charbon, un pour bruler du bois, ... on peut faire du feu de bois vert sous la pluie. Pour cela, une technique traditionnelle ancienne, que je vous livre ici. Un petit lance flamme au gaz et de l essence. Imparable. On brûle aussi pour recycler le plastique, pour rendre hommage aux dieux, on brûle.
Mon japon, il est froid. Comme le temple, 5 degrés le matin, la maison, entre 6 et 8 degrés tout le temps. Le soleil réchauffe pendant la journée, jusqu'à être en tee shirt, mais le moindre nuage couplé au vent, et la polaire devient indispensable en l espace de quelques secondes. 
Mon japon, il sent la friture. Les japonais mettent tout dans une poele avec de l huile, poisson, legumes, pates, ... si c est pas la friture, c est l eau bouillante. 
Mon japon, il ne connait pas star wars, marvel, julie Lescaut, hanouna, ... il n a pas le temps. Il lit, parfois, mais son goku ne l intéresse pas. Il faut que ce soit constructif. Pas de musique dans la voiture, ou dans les chambres. Seulement moi, qui chante. 
Mon Japon est chaleureux, comme mon club de badminton. Ils auront appris des mots de francais pour pouvoir me dire bonsoir, merci, bonne nuit... ils prendront le temps de m expliquer des mots pour que je participe aux conversations. Je ne rigolais jamais autant en une semaine qu en deux heures avec eux. Si il y a bien une chose que je regretterai, ce sera le badminton. 
Car oui, ce japon ne sera bientôt plus le mien. Il ne l etait sûrement jamais d ailleurs. Il sent la peur du tanuki (chien viverin) qui sait, enfermé dans sa trappe, qu il va mourir. Sa seule faute aura été de manger le riz dans la cage, autour des champs vides. Son sort est scellé. On electrocute les chevreuils juste assez pour les etourdir, mais ils hurlent encore alors que la lame rentre dans le torse pour toucher le coeur. Puis le dépeçage, le decoupage, le tannage. Je connais beaucoup de personnes "viandardes" qui reduiraient certainement leur consommation s'il fallait tout faire eux même. Ce que l on ne voit pas, ...
Mon japon n ecoute que les supérieurs, et les plus vieux. Toutes les idées des autres ne valent rien. Dans notre pays, si on ne propose rien au boulot, on est viré pour manque de volontarisme. Au japon, il faut la fermer. J aime pas, la fermer. 
Mon japon ne voit pas la misère. Tout le monde a un travail. Un monsieur tient un panneau ralentir sur le bord de la route, et le lève quand une voiture approche pour dire qu'il y a un autre monsieur qui aura un drapeau rouge ou blanc 50 m plus loin. Le salaire ne suivra bien sûr pas. On travaille jusqu'à ne plus tenir debout, a un age ou nos anciens seraient en train de jouer a la belote. 
Mon japon résonne au bruit des tronçonneuses. J aurais coupé, sous les ordres d un japonais qui bégaie, 4 Chênes de 25 a 40 cm de diametre. Puis on le débite, et puis on le brûle, bien sûr. 
Mon japon chante son dieu tous les matins, avec la meme chanson. 
Mon japon fait trembler le sol en exécutant des katas au karaté.
Mon japon reste beau, malgré tout. Généreux, discret, courtois. 
Dans 2 jours, je quitte mon japon. Pour aller voir d autres japon, et revenir, encore, vers mon premier amour. A bientot, shikoku.