lundi 12 novembre 2018

jour 13 et 14, la hutte et le palace

Day 13

Le matin, tout le monde était sur le pied de guerre. Premier réveillé, je me rend dans le salon (ma chambre s’ouvre dessus en même temps, c’est pratique) et je vois avec des petites boites de polystrirene sur la table. Cela ne peut signifier qu’une seule chose : natto ! Autant les prunes au vinaigre, je m’y fais. Les navets cuits dans la sauce soja, le tofu, passons, … Mais les nattos, c’est la seule chose que je n’ai pas pu finir au pays du sushi levant. On a juste l’impression de manger un pied qui a marché 30 km…
Par chance, je la vois préparer d’autres choses, donc je pense que ce ne sera pas obligatoire. Les filles se lèvent, le vieux monsieur japonais qui dormait en haut aussi, tout le monde se rejoint et on attaque à manger. Puis la propriétaire ouvre une boite de natto … Elle propose au vieux monsieur qui refuse, me demande si j’en ai mangé, je répond oui oui, si j’en veux, je répond non non ! Épo et morgane sont des aventurières, elles testent. La dame avait mit tout un paquet de truc dedans, pour attenuer le goût, et après l’horreur que je leur avais promis, la première bouchée ne semble pas les incommoder. Elles me disent même que ça va ! Surpris, je me demande si je ne vais pas y regouter, pour être sûr. Mais elles attaquent une deuxième bouchée, et ce sera tout. Elles me disent que ça sent le pied, que ça à le goût de l’odeur, et que c’est pas top. La petite boite restera ouverte sur la table, et je plains la poule qui recevra ça en guise de repas …

On se rend ensuite sur le chemin, pour entamer l’ascension du temple 27, tout là haut. Heureusement, on peut déposer nos sacs chez une dame en bas. le coeur léger, les épaules plus encore, on attaque la grimpette. Une petite pente, sur une route peu empruntée, au milieu des montagnes, la mer à l’horizon… parfait. Le temple en lui même est une petite merveille, les couleurs de l’automne, les buissons taillés en formes géométriques, l’eau qui s’écoule doucement, … Après mes prières, on se rend pour un temple shinto, qui se trouve être le temple secondaire du temple 27 (là, c’est 2 religions complètement différentes qui oeuvrent ensemble, pas un prophète commun, nib !). L’endroit est mystique, prennant, intense même. J’avais regreté lors de mon premier tour de ne pas être allé là haut, et j’ai bien fait d’y aller cette année. Les arbres sont gigantesques, sacrés pour la plupart, les branches formant comme des côtes humaines, pour aller chercher le soleil. Les escaliers centenaires, hauts, couverts de mousse, le temple en lui même très imposant pour un temple shinto, tout était beau !

On est ensuite allé se ballader en forêt pour trouver une tour, qui offre une vue à 360 degrés. Quelques minutes plus tard, nous voici en train de contempler les jours d’avant, et les jours à venir, en analysant le paysage, les villes, les caps. Une petite pause chips, et nous voilà de nouveau sur les chemins, pour redescendre tout ça.

On se laisse aller à manger le déjeuner sur la plage, puis on profite un peu du bois flotté et des galets ronds (qui font gorogoro comme bruit au milieu des vagues vous diront les japonais). J’essaye d’étaler un peu le bronzage, mais rien à faire, les bras et le visage sont bruns très foncés, le ventre et les jambes sont blancs très blancs !

On se dirige enfin vers notre hutte pour la nuit. En arrivant, on remarque un léger problème. L’absence de hutte. Elle a été emportée par les typhons. On marche encore un peu, les filles n’en peuvent plus, alors on prend un bus. Il nous pose dans une ville, pleine de huttes, toutes nulles. La moins pire n’est pas commode, mais on s’y installe. Alors que la nuit est bien tombée, que le repas est terminé, et que Épo commence à nous construire un palace avec 2 ficelles et un bout de toile, on remarque un cafard qui mange le reste du riz tombé par terre, en train de se battre avec des fourmis. C’en était trop, on prend le train pour quelques gares plus loin, avec une hutte officielle dans un endroit pas trop mal. On se réinstalle, sans cafard, pour une nuit de sommeil bien méritée.








Day 14

Je me suis endormi la tête contre le vent. L’air frais qui passait par l’ouverture du sac de couchage m’ont fait passer une nuit agréable, ni trop chaud, ni trop froid ! Je me lève doucement, sans trop faire de bruit, et je prends mon petit déjeuner, alors que les filles émergent. Ce sera notre dernier moment ensemble, mais je ne le sais pas encore. On avait rendez vous vers 13h au temple numéro 30. Elles par le train, moi par la marche. Épo me propose un café. Je l’accepte volontier, ne me souvenant pas trop de la journée à venir. Je marchais avec Susan, l’allemande, et on avait fini par se perdre dans Kochi, donc cette journée avait un arrière goût amer. On verra bien. Au revoir les filles, bonne continuation, on se voit cet aprem pour aviser de la suite.

Le depart donne le ton, ce sera agricole. Toute la matinée, je traverse des champs, de riz, d’oignon, de ciboulette, de gingembre, de cosmos, … Le soleil fait bien éclater les couleurs, et le cheminement loin des routes nationales est plaisant. Le premier objectif de la journée est le temple 28. Je n’avais pas trop de souvenirs par rapport à ce temple “d’avant ville”, et pourtant, il était beau comme tout. Cerise sur le gâteau, je l’avais pour moi tout seul. J’ai pu donc diriger toutes mes prières vers un couple d’ami très cher, pour qui le 28 signifie beaucoup, et faire ma calligraphie dans un petit jardin fort sympathique.

Le deuxième objectif de la journée s’est imposé de lui même, trouver des toilettes ! Une heure plus tard, je trouve une hutte mignonne comme tout, avec un wc portable, … et un nid de frelon plutôt mécontent de ma venue … Les toilettes attendront un peu, une superette plus loin. Je trouve une connection internet pour lancer un article sur le blog et une série de photo sur instagram, et je repars pour le temple 29. La encore un super temple, qui me revient en passant le portail. Une grande allée bordée de résineux, des personnes qui me sourient, un qui souffle dans un coquillage, et pas le temps de m’installer pour mon rituel que je deviens une attraction. Une vieille dame me montre des sakuras d’automne, assez rares, mais moins beau que ceux qui déplacent les foules au printemps. Après m’avoir indiqué les plus beaux spots pour réussir ma photo, elle me laisse vaquer à mes occupations, jusqu’à ce que, une minute après, un tout tout vieux monsieur me demande de le suivre. il me montre un arbre, et donne un nom japonais. Je dis “oh!”, puis il insiste, alors je regarde, et je vois un champignon sur le tronc. Je lui redis le nom japonais, et il parait très satisfait. Alors je fais OOOoooh ! Mais je ne sais pas ce qu’il me voulait avec ce champignon. Il a disparu avec le souffleur de coquillage.

Je me remet sur la route, et retrouve le bonheur de marcher seul. Non pas que la compagnie de deux jolies filles me déplaise, mais comme avec Susann, ou les autres rencontrés sur le chemin, à un moment donné, seul, c’est là que tu apprécies le plus le cheminement. Les pensées parasites s’estompent peu à peu, il n’y a plus que la clochette, le poc du bois sur le bitume, les sensations de pieds qui hurlent et de dos qui se tord (ya pas que du positif on est d’accord). Mais il y a aussi l’attention au présent, au monde autour. On ne se concentre plus sur les pieds, sur les histoires de voyages autour du monde que l’on avait. On sait quand on nous suit, comment arranger les conducteurs pour ne pas trop les déranger et récolter des remerciements, sourire aux passants, sans forcément un bonjour quand on voit que ce n’est pas le cas, mais sourire toujours. Et alors tout prend sens. On touche à l’essentiel. Nul besoin de plages ou de sommet enneigés pour trouver le beau. Nul besoin de Chopin pour se ravir les oreilles. Juste le monde tel qu’il est.

J’arrive au temple 30 avec un poil de retard. On s’était donné rendez vous entre 13h et 14h, et il était 13h10. Je ne vois cependant personne, alors je fais un tour par un temple shinto juste à côté, et je reviens pour le rituel du temple. On salue, on se nettoie au bassin avec une coupelle la main gauche, puis la droite, puis la bouche, puis re la gauche, puis la anse. La cloche (j’adore la cloche). On allume une bougie, puis 3 batons d’encens, le talisman, la petite pièce, le sutra du coeur, le nom de daishi. On remercie. La même au temple de Kukai sauf qu’au lieu des sutras, je visualise les personnes qui me sont chères et je les imagine sourire, en demandant à Kukai de garder ce sourire le plus longtemps possible. Puis la calligraphie.

Toujours pas de filles. Une personne me donne un sac entier de mandarine ! Je savais qu’il ne fallait pas attendre au temple, ou alors il faut acheter un deuxième sac ! Je vois mes deux potes jap. Je distribue les mandarines. Je leur donne mon plan pour ce soir, et je déclanche un fou rire quand je dis qu’au téléphone, je prend une réservation, avec ou sans repas, je dis que je suis tout seul et que j’arrive vers telle heure, que je suis ici actuellement, et mon prénom. Si ils ont d’autres questions, je répond okay okay okay okay ! Je vais me retrouver avec une voiture un jour, ou un accessoire insolite dans ma chambre, si si, vous avez demandé un poisson rouge dans une contrebasse au téléphone ! Ils décolent pour Kochi, ville que je voulais justement éviter. C’est pour cela que j’avais réservé à l’hotel CHRES, calibré à 12000 yens sur trip advisor… J’avais prévu dans le budget un hotel cher, donc pourquoi pas celui là, il est sur le chemin en plus.

Un japonais arrive, avec un sac aussi gros que le mien, en mode camping donc, et ils sont très rares les japonais à choisir ce mode de pèlerinage. Je l’appelerais camping jap si on le recroise Je distribue les mandarines, on discute un peu, il m’offre un café tiré de son thermos, puis je démarre. L’hotel m’avait demandé d’arriver avant 15h, il est 14h10, et j’ai 4km4 à faire. L’hotel est bien là, massif, les voitures sur le parking annoncent la couleur ! Les portes coulissantes coulissent, et là … Un palace ! Moquette aux motifs brodés, mobilier d’hotel particulier parisien, Bach dans les hauts parleurs… Je crois que c’est la première fois de ma vie où j’ai honte d’entrer quelque part. J’ai marché 8 h en plein soleil, sans ombre ou très peu. Je n’ai pas pris de douche de 2 jours. Mais bon, j’entre. Les 3 personnes de l’accueil se baissent synchro pour me souhaiter la bienvenue, et on se plie en 4 pour m’expliquer, en anglais, les horaires de bain, la machine à laver, l’heure à laquelle on mettra ma chambre en mode dodo, … On me donne un petit ossetai, et on me montre pourquoi il fallait arriver tôt. Tea time dans le hall d’entrée, avec petites patisseries pour accompagner ! Et cerise sur le gâteau, il y aura des prix Henro marcheur ! Ma chambre est proprement énorme pour le Japon, avec baignoire et WC séparés, petit salon et “balcon” ! Onsen avec jet, et crème hydratante pour le visage, bouton dans les couloirs pour passer de Bach à Chopin, personnel qui anticipe ton avancée pour appeler l’ascenseur avant que tu arrives… Un roi pour un soir ! Il se trouve que les filles n’ont pas eu mon invitation à me rejoidnre à temps, et qu’elles affronteront l’orage dans une hutte. Je me sens un peu coupable, mais que voulez vous. Shikoku donne, Shikoku reprend.



dimanche 11 novembre 2018

3 en un, qui dit mieux. Jour 10, 11 et 12 en vue !

Day 10

Avec un peu de chance, je rattrape le retard du blog par rapport à la vrai vie. Il faut dire que j’ai un peu de temps. J’ai oublié d’adapter le planning à mon kilométrage habituel … Mais oui mais je suis tout seul maintenant, il faut planifier en conséquence. Aller, je vous explique tout en un article !
Le matin, à Saba daishi, il faut se lever tôt. Peut être que mon grand père japonais aime bien, peut être que Bouddha l’exige, en tout cas, il faut être d’attaque à 5h30. Et je le suis, prêt, avec mon attirail de pèlerin. Je savais plus ou moins ce qui allait se passer, aussi ai-je pris la peine de me faire une petite gymnastique au lever.
Alors que je descend l’escalier, grand père pousse une gueulante pour que les japonais rappliquent. Ils s’excusent du fond de leur chambre (pourtant ils parlaient bien il y a 30 minutes, donc ils sont réveillés) Le prêtre me montre une statue de Kukai, à l’intérieur, et me montre mon bâton. Il aura passé la nuit près de lui même (puisque Kukai est le baton, et inversement) arrosé d’encens. On pourrait dire qu’ils ont amélioré mon équipement. (votre juzu (chapelet) et votre kongozue (bâton) sont maintenant niveau 2, ils sont maintenant sacrés ! parenthèse geek)
Nous prions un moment Kukai puis, les japonais nous ayant rejoint, on se dirige vers le temple principal. Le monsieur, serviteur du Shingon depuis plusieurs décennies, nous fait faire du zen. Un prêtre catholique qui récite le Coran vous choquerait ? Mais nous sommes au Japon, alors c’est normal. Un petit 20 minutes en tailleur, à expérimenter le zazen, le vide intérieur. Puis une petite gymnastique pour se remettre d’aplomb, puis quelques prières. C’est là où le monsieur à parlé de Kannon, puis du zen, puis de moi, dans un discours sur le sutra du coeur et son interprétation. Mais mon japonais ne me permet que de saisir de vagues bribes de sens, alors je vous laisserais aller voir avec le prêtre directement pour plus d’informations à ce sujet !
Nous nous sommes rendu au petit déjeuner, tout aussi excellent que le dîner, puis vînt le moment de partir… J’aurais aimé rester, peut être un jour de plus, mais mon japonais de survie ne m’aurait pas permis d’en apprendre plus. Je voulais tout savoir de la vie de ce monsieur, des gens autour, de Kannon, de Kukai, de sa vision du pèlerinage, … Mais voilà, mon explication, je l’obtiendrais en marchant, et en respectant les règles du pèlerin :
  • Vois les autres avec gentillesse
  • Souris aux autres quand tu les vois
  • Parle aux autres avec des mots gentils
  • Offre aux autres les services gratuits que tu peux offrir
  • Donne ton coeur aux autres
  • Donne ta place ou ton emplacement aux personnes qui en ont le plus besoin
  • Offre un abri à ceux qui en ont besoin
En sortant, je suis tombé sur le prêtre, qui mettait un peu d’ordre devant les temples. Je lui ai offert un Shakyõ, une calligraphie du sutra du coeur que j’avais réalisé en France. En remerciement, il m’a offert un petit bracelet que je porte maintenant au poignet. Il n’y a parfois pas besoin de se parler pour se comprendre je pense. C’est peut être même plus facile parfois.
Je rejoins les filles dans leur tsuyado. Elles prennent le petit déjeuner tranquillement. On a décidé qu’aujourd’hui, c’était tranquille, alors on est allé directement à la plage la plus proche. Ramassage de coquillage, trempette, bronzage, .... Vacances quoi. Il faut dire qu’il fait 25 degrés tous les jours, Novembre au Japon, c’est pas pareil qu’en France !

On se met en route pour Shishikui, une petite ville côtière, avec sa hutte officielle idéalement positionnée, pas loin de la plage, d’un onsen et d’une superette ! Que demande le peuple !
Bien qu’il n’y ait que 16 kilomètres, les jambes des filles souffrent, le tendon, la cheville, … Rien ne va plus. On a le temps, alors on s’autorise des pauses, mais il apparaît assez clairement que la suite s’annonce compliquée. Mais si il n’y avait qu’une chose pour faire avancer les français, c’est bien … la NOURRITURE !

Et il se trouve que sur le chemin, on trouve un petit restaurant de ramen. On ne comprend rien à la carte, alors on pointe du doigt chacun une chose. La chance est de notre côté ici aussi, puisque l’on se retrouve avec un bol de ramen, un bol de riz, une salade et des beignet de poulet + dumplings. On traîne encore un peu après ce festin, on prend un café, et on se remet en route, direction la plage

Malheureusement, la marée est montante, et les courants sont difficillement identifiables pour pas de baignade, mais bain de soleil quand même. Puis bain tout court !

On est allé dans le onsen, dont le bain principal devait bien faire 25m, avec séances de jets qui attendrissent le dos, bain special médical, sauna, bain froid, et bain aromatisé au cyprès. Une grosse heure passe, j’attends les filles sur des fauteuils en regardant le golf avec des vieux qui commentent chaque swing, et on se dirige vers la hutte. Splendide hutte, qu’éponince n’aura aucun mal à isoler avec un tarp, un repas simple mais efficace, et un dodo bien mérité. Je me suis réveillé à 20h30 (je me couche à 1h du matin en France, et 19 h30 au Japon, comme ça le décallage horaire est moins violent !) pour voir un pèlerin affronter la route 55 de nuit, avec sa petite lampe et sa clochette qui résonnait dans la nuit. Les filles dormaient. J’aurais la certitude que ce n’était pas une apparition fantomatique d’un pèlerin érrant, mais bien d’un jeune japonais qui coure après la montre pour boucler son pèlerinage avant la reprise de l’université.


Day 11



Il y a des choses qui vous sortent du lit plus vite que d’autres. Un lever de soleil dans un ciel sans nuage, sur une mer parfaitement calme en est une. J’ouvre un oeil, à 6h, pour voir le ciel changer de couleur, je me sors du lit sans trop de bruit, mais un peu quand même pour réveiller les filles, et je me rends sur la digue pour contempler, pendant 30 minutes, l’astre du jour, Amaterasu pour les japonais, se lever. Et quel spectacle !

Après un bon petit déj (merci épo pour les cafés le matin !), on se met en route. On passe par une petite forêt pour éviter un tunnel, on rejoint un petit port sympathique, et une station de bus. J’ai mis de l’eau dans mon vin, comme on dit, pour prendre le bus vers Muroto. Sans ça, je n’aurais jamais rattrapé les filles. Avec les petites journées tourisme que l’on fera, ça devrait m’équilibrer par rapport à la marche pure.

Le bus nous lâche avant le temple 24, l’occasion pour nous d’une petite marche dans la jungle japonaise. On croise une grotte sacré, où Kukai est rentré en méditation il y a fort longtemps, et je me risque à l’explorer un peu quand une chauve souris me rase pour s’échapper du piège que je lui tendais. Elles sont un poil plus grosse que celles de Saint Christophe la Grotte, je vous l’avouerais. Épo rentre à son tour, avec sa frontale, et observe un peu, puis sors en courant. Elle a vu un scolopendre énorme, ou tout une famille. Curieuse Morgane s’avance pour les trouver elle aussi, et prend peur à la taille des engins. Mais ils étaient déjà partis quand je suis arrivé à mon tour. Je ne peux donc pas vous faire de rapport détaillé, mais ils mesuraient entre 30 et 50 cm, et se soulevaient de plus de 3cm du sol en marchant d’après les informations de mes exploratrices.
Nous avons marché vers le temple 24 donc, avec ribambelle de papillons pour nous aider à grimper, comme les princesses de Disney, et sous cette belle chaleur, nous avons atteint le portail. Ce temple fait forte impression, avec sa couverture végétale dense, son rocher usé par plein de petits cailloux et sa pagode pastelle. C’est aussi la première fois que je déçois un calligraphe. Jusque là, la plupart me félicitaient pour mon deuxième tour, m’encourageaient à continuer, à grand renforts de sourires et de douces paroles. Lui, me voyant arriver, se dit qu’il va faire sa plus belle oeuvre, il prend une grande inspiration, trempe son pinceau exactement comme il le désirait, et … vois que j’ai déjà la calligraphie et qu’il n’y a plus que les tampons à apposer. Dans un soupire, il m’a rendu le livre, résigné…

On a mangé dans le temple, puis l’on s’est dirigé vers la plage, une fois de plus, pour admirer cette eau, et ses rochers si particuliers. Les filles n’ont pas résisté à l’envie de se baigner dans une petite crique, je suis resté à admirer le ressac et les tourbillons furieux des vagues entre les pierres.


On a ensuite vu un endroit très particulier, où, suite au mouvement des plaques, les strates d’ordinaires horizontales, sont verticales. Une nouvelle occasion de s’émerveiller devant la nature, puis un départ pour le Muroto Dolphin Center, où j’ai entendu dire qu’il y avait une hutte. Problème arrivé là bas, la hutte n’est pas commode du tout. Alors on se remet en marche pour le temple 25, entouré d’hotels. le temple en lui même était très beau, un peu haut, mais beau.




Le Business Hotel, d’ordinaire pas très cher, était à 4000 Y, trop cher pour les filles. Elles ont décidé de pousser leur chance et d’aller dans une hutte, 500m plus loin, je suis resté dans un Ryokan très sympathique, moins cher que l’hotel et plus traditionnel. Peut être trop, puisque ma lampe a explosée à la première utilisation. Mais je n’allais pas veiller tard de toutes façons !





Day 12

Je m’arrêterait à ce jour là, pour pas vous en donner trop. En fait, je n’en suis pas sûr, parce que je n’ai pas internet souvent. Mais bon, vous avez l’habitude ! Et si vous n’avez pas l’habitude, je vous prie de m’en excuser.

Je me suis levé assez tôt, mais je suis rappelé que je devais rejoindre les filles, alors j’ai trainé un peu. J’ai regardé la télé, avec un jeu assez intéressant, où les candidats travaillent ensemble, par équipe de 5, pour donner chacun leur tour des réponse à des questions comme : les pays d’Afrique, les écrivains célébres ou les mots finissant par tel Kanji. Entre ça et les émissions où les concurrents doivent manger une omelette aux nouilles de 4kg, j’ai fait mon choix.

Je me lance sur les routes, pour trouver les filles, dans une cabane, avec une table pleine de nourriture et d’affaires diverses. Je ne m’étais pas trompé dans l’horaire on dirait ! On traine encore le temps d’un café et on traine nos pieds jusqu’au temple 26. C’est un temple assez imposant, interdit aux hommes il y a encore pas si longtemps que ça. Je me surprend à attendre un chat, qui lors de ma première visite m’avait barré la route tel un sorcier impitoyable sur un pont. Ce coup ci, point de matou en vue, seulement cette petite descente douce jusqu’à la ville. On devait s’arreter dans des petites ruelles bien inspirantes sur le papier, pas tellement dans la vie. Alors quand le moral baisse … RESTAURANT! Encore une fois, on ne comprend rien aux kanjis, alors on se laisse aller à la chance. La dame arrive et pose tout sur la table, sans que l’on sache qui a quoi ! Épo prend une soupe et les bol de riz avec un oeuf cassé dessus et des boût de viande coupés en dés, Morgane les ramens, et je me retrouve avec rien ! Je demande à la dame, et elle explique que Épo n’a que la soupe, et que j’ai le bol de riz hyper protéiné ! La chance sourit aux barbichettes !

Les filles en avaient plein les pattes, et voulaient prendre un bus. Je décidais de marcher la fin du trajet, afin de ne pas trop perdre d’entraînement, parce qu’à force de prendre les bus, je risque de ne plus être dans le bain du tout ! Un avant goût de ce qui m’attend par la suite, je marche seul, en espérant que les rues me pardonnent. On se retrouve à Tano town, pour une petite maison pas trop éloignée du centre.
J’arrive à retrouver l’endroit de mémoire, et un mot nous indique que l’on peut rentrer, s’installer et prendre le téléphone fixe pour appeler la propriétaire. J’appelle donc, pour se rendre compte que la voix ne vient pas tant du téléphone que de dehors. Elle rentrait justement. Ce petit boût de femme m’avait épaté lors de mon premier séjour. Elle avait géré 7 personnes dans sa petite maison comme une chef, rassasié tout le monde, fait la lessive. Ce coup ci, elle n’aura que 4 invité, mais elle ne se laisse pas aller pour autant ! Le repas est excellent, avec aubergines sautées, petits légumes, salade et riz sauce curry/légumes. Les filles n’en revenaient pas d’une telle profusion. J’y étais habitué, presque malgré moi.


Elles n’ont pas eu beaucoup l’occasion de tester la cuisine nippone, dormant dehors presque tous les jours, se nourrissant de ramen à faire soi-même et de purées liofilisées variées. J’espère qu’elles se rattraperont à Kyoto. En tout cas, c’est mon premier 25 km+ depuis longtemps, alors je file me coucher !

A bientôt !
Et en bonus, je suis devenu un géant, pour preuve, me voici devant une camionnette japonaise !









jeudi 8 novembre 2018

plusieurs jours en un post ! 8 et 9 ! Une affaire !

Je m’étais plus ou moins promis avant de partir, que cette année je ne ferais pas de jours de ouf. Et pourtant, c’est bien ce qui allait se passer. Les filles m’annoncent que l’on se retrouve au temple 23 ce soir. Elles s'y rendent en train. En faisant un peu les calculs, je me retrouve avec une journée de 35 km au minimum, sûrement plus, avec un bon dénivelé pour commencer ! Qu’est que l’on ferait pas pour 3 jolies henros.

On commence par un petit déjeuner de héros, avec un retard de 2 min d’un japonais qui s’est immédiatement confondu en excuses. Soupe miso (algues/tofu), poisson frit, omelette riz. Quelques mandarines pour la route, et des onigiris pour le déjeuner (des boules de riz fourrées). Quand j’ai annoncé mon planning, ils m’ont donné un onigiri supplémentaire, en me disant que j’en aurais besoin. Et ils avaient raison. La dame a essayé de réserver le logement en temple pour nous 4, sans réponse. Elle m’a dit d’essayer plus tard.

Le premier temple donne le ton, il monte de 500m dans la montagne lui aussi. Et toujours cette sensation de paix indescriptible quand on arrive en haut. D’autant que l’ambiance de ce temple est assez prennante. Il se décompose en plusieurs niveaux, séparé par des escaliers. On passe de petits temples avec des peintures de dragons au plafond à de grands temples, au milieu d’arbres gigantesques. J’ai demandé pour le temple 23, personne ne répond au téléphone. Ils m’ont eux aussi dit d’essayer plus tard.

Je n’avais pas tellement le temps, mais je l’ai pris. J’emprunte la route ancienne pour redescendre de ce temple, car il passe par un endroit spécial. Après une petite montée entre les statues de divinités, on arrive à un petit temple. Et là, au sommet d’un rocher, un kukai assis en tailleur, en train de méditer. Et quand on se rapproche, on comprend pourquoi il a choisit cet endroit. La vue est tout simplement incroyable, avec les vallées, les sommets, la mer au loin, … Je me suis laissé allé à la méditation moi aussi, dans ce endroit mystique.  Et puis le chemin m’appelle. Je retrouverais certainement Kukai à un moment.



Sur la descente, tout euphorique, j’allais bon train quand je me suis stoppé instinctivement. À un mètre de moi, un serpent profitait lui aussi de cette matinée ensoleillée. Il ne fut pas long à s’en aller, et après avoir remercié mes reflexes de survie, je suis allé sur les chemins d’un pas plus lent. Et j’ai bien fait, car dans cette seule descente, pas moins de 3 serpents se doraient les écailles!!!
Le temple 22 arborait toujours fièrement les couleurs sacrées, qui étincellaient au soleil. En entrant, je me suis rendu compte de la présence de quelques lycéeens, intrigués par ce henro barbu. Le professeur attendait dans un coin du temple, l’arrivée d’autres groupes, qui ne manquaient pas de saluer le sensei bien bas quand ils arrivaient. Une sorte de jeu de piste, de ce que j’en ai vu. Alors que je récitais le sutra du coeur, j’ai pris conscience de la présence de nombreuses personnes sur des tables, en train de prendre un repas bien mérité. Ce sont les personnes qui jardinnent, élaguent, remettent des couleurs, les volontaires qui font que ces endroits sont aussi beaux, qui prennaient des forces avant de rattaquer le boulot. Avant de partir, un car de touristes rentrait dans le parking. Décidement bien chargé comme petit temple.

La marche qui s’en est suivie était plutôt intense, et pas très intéressante pour tout dire. Par exemple, sur un tronçon de 4 km, je n’ai pas croisé une voiture ! J’avais donné une dernière chance au temple 23 de nous recevoir les filles et moi. L’appel s’est plutôt mal passé, et s’est conclu sur un refus pour cause de trop plein. J’ai alors contacté une guest house recommandée par ahohi. Et plus rien n’était compliqué. On pouvait arriver à l’heure que l’on voulait, avec ou sans les filles, (3 filles pour vous, chanceux m’a t’elle dit dans un français parfait au téléphone) Oui parce c’est un couple franco japonais qui tient l’endroit. Je n’ai pas trop profité de la plage, j’ai filé pour faire ma calligraphie à temps. Je sais que la côte ne me quittera pas avant le temple 38, j’aurais le temps d’en profiter. Le temple 23 se dessinait au loin, un grand temple, tout étagé. Après mes prières, je suis allé au stupa en hauteur, d’abord pour le petit parcours dans le noir avec les prières en haut parleur, les calligraphies et les tableaux, puis pour la vue sur le port.

Après avoir fait le tour de la ville pour chercher les filles, je me suis rendu au Guest House pour poser le sac et établir un QG de recherche. Sur le chemin, j'entends les taules autour de moi faire pas mal de bruit. Je me dis que le vent doit être fort, mais je m'affole pas plus que ça. En passant par la porte de mon hébergement, j’aperçois les filles, qui avaient sélectionné le même endroit sans savoir que j’avais réservé une heure avant leur arrivée. On m'annonce aussi qu'il y a eu un tremblement de terre (c'était donc ça le bruit !) Le propriétaire nous explique comment faire en cas de secousses, rester dans la maison si on est à l'étage (les maisons sont conçues pour que le premier étage reste droit alors que le rez de chaussé se couche) de sortir si on est en bas, et de courir vers les montagnes ou les tours anti tsunami si le tremblement dure longtemps. En espérant que je ne m'en serve jamais !
Le guest house est une perle. Un endroit splendide, ancien, rénové avec soin.
J’étais très heureux de retrouver les filles, de les voir s’extasier devant les yukata (sortes de peignoirs que l’on donne dans les hébergements pour se sentir à l’aise) ou de raconter leurs aventures, mais le sommeil était là. Je me suis effondré sans trop de délai dans mon futon.

Jour 9



Les filles ont décidé de me suivre ce jour. Enfin pas toutes ! Lili, l'australienne, en avait assez vu, son pays lui manquait, il était temps pour elle de rejoindre son île. Après quelques calins, et un petit déjeuner copieux, on prend la route pour la côte!
Cette route m'avait déjà fait grande impression il y a deux ans, et ça se confirme. Les filles aussi aiment l'endroit. Les petites criques, le contraste entre le bleu de l'océan et le vert émeraude de la forêt tropicale, l'absence quasi total de trafic malgré ce samedi ensoleillé. Tout les ingrédients étaient là pour que l'on apprécie ce moment. Tout ?


Malheureusement non. Les filles subissaient la marche sur le bitume. Eponine se plaint du pied, une cheville qui en a bavé et d'autre tracas, et Morgane le tendon qui chauffe et qui enfle. Je m'en veux presque de me sentir bien. Je ne vous dirais pas que le pèlerinage ne m'affecte pas (j'ai même réussi à perdre 2 kg, alors que je mange comme 4) mais mis à part les pieds qui tirent en milieu d'après midi, tout va bien.



On prend une grosse pause proche d'un sanctuaire shinto, histoire de recharger les batteries et l'estomac, et on se remet en route. Saba Daishi, notre arrivée, n'est plus très loin. Je sentais déjà l’excitation monter en moi. La dernière fois, j'avais eu droit à une belle cérémonie, celle du feu (vous vous souvenez ?) et on m'a demandé d'y être avant 17h, pour prendre le repas. Il se trouve que si on mange aussi tôt, c'est pour que l'on puisse faire la cérémonie pas trop tard! Alors j’étais plein d'espoir.


J'ai arrangé l'hébergement gratuit pour les filles, qui ne pouvaient pas aller plus loin dans leur état et j'ai suivis un petit homme sympathique. J'ai nettoyé le bâton religieusement, puis l'on m'a montré ma chambre. Je connais un peu les kanji maintenant, et ma chambre, c'est Kannon. Une divinité bouddhiste qui prend le nom de Kannon au Japon, mais elle a bien d'autres nom (c'est même un homme en Inde pour vous dire) Kanjisai, une de ses formes, bodhisattva (Dieu) de la vraie liberté, celui que l’on invoque au début de l’Hannya Shingyo (le sutra du coeur que l'on récite à tous les temples). Parce qu’il comprend, par l’observation de zazen (exercice de vide intérieur), que toutes les perceptions et tous les phénomènes sont sans substance, ku, vacuité, il demeure tranquille et sans crainte, mushotokou, sans ego. Parce qu’il n’est pas mené par les phénomènes, il incarne la vraie liberté. Parce qu’il réalise que toutes les souffrances sont ku, il aide, résout et coupe, par cette compréhension, la racine de toutes les souffrances. Cet aspect du Dieu est préféré pour les Ohenros étrangers, qui, ne parlant pas bien japonais, observent, en silence, et réalisent eux aussi la vacuité de nombreuses choses.
Le drame, c'est que l'on m'a annoncé le repas à 18h. Étant tout seul, je me suis dis que je n'aurais pas l'opportunité de voir la cérémonie une nouvelle fois. Mais je me trompais ! C'était pour attendre des japonais qui arrivaient en retard. Et pour tout vous dire, à Saba Daishi, je savais que ça déconnait pas tant que ça. Je me suis rendu dans la salle de repas 15 minutes avant l'heure prévue. Le prêtre principal (oui, le même que la dernière fois !!!) m'attendait.
Son allure à toujours déclenché en moi une sensation étrange, comme si je pouvais devenir son élève à tout moment. Après quelques échanges, et des sourires, on a attendu les japonais qui étaient en RETARD !!! Mon Kukai, les excuses qu'ils ont proférés en entrant dans la pièce, c'était impressionnant. On a récité le sutra du coeur avec le prêtre (les jap le connaissaient moins que moi ^^) puis on a eu le droit de manger.
Le repas de fou avec sashimi à l’oignon, tempura d’oignon, d’aubergine de patate douce, de kaki, d’aubergine et de poivron, l’omelette aux champi, les deux soupes (algues/miso) les légumes frais, les haricots, le tofu congelé et séché (Koya Dofu) les pommes, … Mon premier vrai, vrai moment gastronomie !
Et puis, je suis retourné dans ma chambre, revêtir ma chasuble blanche, mon écharpe, mon chapelet, de l'encens, une bougie, un briquet. Et je me suis rendu au départ de l'initiation. On marche sur les empreintes de Bouddha pour aligner les Chakras des pieds (et ils en ont besoin !), on marche sur les fleurs de lotus en céramique pour ... je dirais si j'étais vulgaire pour défoncer la plante des pieds (parce qu'on est en chaussettes évidement) mais je suis certain qu'il y a une explication rationnelle sinon ésotérique à cela. Pour faire passer la douleur, on a le droit à des belles photos de henros en groupe qui marchent devant des couchers de soleil (et tout henro à dû se dire, coucher de soleil + toujours pas installé = c'est pas bon pour eux !), puis l'on descend dans ce fameux couloir, avec 88 fleurs en relief à supporter pour figurer un petit pèlerinage pour les gens qui ne pèlerinnent pas (et pour rappeler aux henros que c'est pas encore terminé)
Et enfin, La grande pièce, tout comme dans mon souvenir, les statues de Fudo Myõ dorées partout, les petites bougies qui éclairent à peine la pièce, l’énorme bol accroché au plafond... Tout était là. Les chants, gutturaux, calmes, puis le feu, les offrandes d'encens, de fleurs et d'huiles, la fumée, l'odeur, le tambour d'abord lent, puis brutal, les chants à présent hurlés, le feu qui prend des dimension infernales, et puis le calme qui revient, progressivement. Nos chapelets bénis par la fumée, notre être bénis par un énorme bâton plein de cercles en fer.
On ne revient pas pareil de cette grotte. Le plus incroyant aura senti quelque chose. Une force, une chaleur, une renaissance peut être. Les filles ont entendu le tambour de dehors. Pourrais-je leur expliquer ce que j'ai vécu... Pourrez vous le saisir, de tout là bas ?