dimanche 11 novembre 2018

3 en un, qui dit mieux. Jour 10, 11 et 12 en vue !

Day 10

Avec un peu de chance, je rattrape le retard du blog par rapport à la vrai vie. Il faut dire que j’ai un peu de temps. J’ai oublié d’adapter le planning à mon kilométrage habituel … Mais oui mais je suis tout seul maintenant, il faut planifier en conséquence. Aller, je vous explique tout en un article !
Le matin, à Saba daishi, il faut se lever tôt. Peut être que mon grand père japonais aime bien, peut être que Bouddha l’exige, en tout cas, il faut être d’attaque à 5h30. Et je le suis, prêt, avec mon attirail de pèlerin. Je savais plus ou moins ce qui allait se passer, aussi ai-je pris la peine de me faire une petite gymnastique au lever.
Alors que je descend l’escalier, grand père pousse une gueulante pour que les japonais rappliquent. Ils s’excusent du fond de leur chambre (pourtant ils parlaient bien il y a 30 minutes, donc ils sont réveillés) Le prêtre me montre une statue de Kukai, à l’intérieur, et me montre mon bâton. Il aura passé la nuit près de lui même (puisque Kukai est le baton, et inversement) arrosé d’encens. On pourrait dire qu’ils ont amélioré mon équipement. (votre juzu (chapelet) et votre kongozue (bâton) sont maintenant niveau 2, ils sont maintenant sacrés ! parenthèse geek)
Nous prions un moment Kukai puis, les japonais nous ayant rejoint, on se dirige vers le temple principal. Le monsieur, serviteur du Shingon depuis plusieurs décennies, nous fait faire du zen. Un prêtre catholique qui récite le Coran vous choquerait ? Mais nous sommes au Japon, alors c’est normal. Un petit 20 minutes en tailleur, à expérimenter le zazen, le vide intérieur. Puis une petite gymnastique pour se remettre d’aplomb, puis quelques prières. C’est là où le monsieur à parlé de Kannon, puis du zen, puis de moi, dans un discours sur le sutra du coeur et son interprétation. Mais mon japonais ne me permet que de saisir de vagues bribes de sens, alors je vous laisserais aller voir avec le prêtre directement pour plus d’informations à ce sujet !
Nous nous sommes rendu au petit déjeuner, tout aussi excellent que le dîner, puis vînt le moment de partir… J’aurais aimé rester, peut être un jour de plus, mais mon japonais de survie ne m’aurait pas permis d’en apprendre plus. Je voulais tout savoir de la vie de ce monsieur, des gens autour, de Kannon, de Kukai, de sa vision du pèlerinage, … Mais voilà, mon explication, je l’obtiendrais en marchant, et en respectant les règles du pèlerin :
  • Vois les autres avec gentillesse
  • Souris aux autres quand tu les vois
  • Parle aux autres avec des mots gentils
  • Offre aux autres les services gratuits que tu peux offrir
  • Donne ton coeur aux autres
  • Donne ta place ou ton emplacement aux personnes qui en ont le plus besoin
  • Offre un abri à ceux qui en ont besoin
En sortant, je suis tombé sur le prêtre, qui mettait un peu d’ordre devant les temples. Je lui ai offert un Shakyõ, une calligraphie du sutra du coeur que j’avais réalisé en France. En remerciement, il m’a offert un petit bracelet que je porte maintenant au poignet. Il n’y a parfois pas besoin de se parler pour se comprendre je pense. C’est peut être même plus facile parfois.
Je rejoins les filles dans leur tsuyado. Elles prennent le petit déjeuner tranquillement. On a décidé qu’aujourd’hui, c’était tranquille, alors on est allé directement à la plage la plus proche. Ramassage de coquillage, trempette, bronzage, .... Vacances quoi. Il faut dire qu’il fait 25 degrés tous les jours, Novembre au Japon, c’est pas pareil qu’en France !

On se met en route pour Shishikui, une petite ville côtière, avec sa hutte officielle idéalement positionnée, pas loin de la plage, d’un onsen et d’une superette ! Que demande le peuple !
Bien qu’il n’y ait que 16 kilomètres, les jambes des filles souffrent, le tendon, la cheville, … Rien ne va plus. On a le temps, alors on s’autorise des pauses, mais il apparaît assez clairement que la suite s’annonce compliquée. Mais si il n’y avait qu’une chose pour faire avancer les français, c’est bien … la NOURRITURE !

Et il se trouve que sur le chemin, on trouve un petit restaurant de ramen. On ne comprend rien à la carte, alors on pointe du doigt chacun une chose. La chance est de notre côté ici aussi, puisque l’on se retrouve avec un bol de ramen, un bol de riz, une salade et des beignet de poulet + dumplings. On traîne encore un peu après ce festin, on prend un café, et on se remet en route, direction la plage

Malheureusement, la marée est montante, et les courants sont difficillement identifiables pour pas de baignade, mais bain de soleil quand même. Puis bain tout court !

On est allé dans le onsen, dont le bain principal devait bien faire 25m, avec séances de jets qui attendrissent le dos, bain special médical, sauna, bain froid, et bain aromatisé au cyprès. Une grosse heure passe, j’attends les filles sur des fauteuils en regardant le golf avec des vieux qui commentent chaque swing, et on se dirige vers la hutte. Splendide hutte, qu’éponince n’aura aucun mal à isoler avec un tarp, un repas simple mais efficace, et un dodo bien mérité. Je me suis réveillé à 20h30 (je me couche à 1h du matin en France, et 19 h30 au Japon, comme ça le décallage horaire est moins violent !) pour voir un pèlerin affronter la route 55 de nuit, avec sa petite lampe et sa clochette qui résonnait dans la nuit. Les filles dormaient. J’aurais la certitude que ce n’était pas une apparition fantomatique d’un pèlerin érrant, mais bien d’un jeune japonais qui coure après la montre pour boucler son pèlerinage avant la reprise de l’université.


Day 11



Il y a des choses qui vous sortent du lit plus vite que d’autres. Un lever de soleil dans un ciel sans nuage, sur une mer parfaitement calme en est une. J’ouvre un oeil, à 6h, pour voir le ciel changer de couleur, je me sors du lit sans trop de bruit, mais un peu quand même pour réveiller les filles, et je me rends sur la digue pour contempler, pendant 30 minutes, l’astre du jour, Amaterasu pour les japonais, se lever. Et quel spectacle !

Après un bon petit déj (merci épo pour les cafés le matin !), on se met en route. On passe par une petite forêt pour éviter un tunnel, on rejoint un petit port sympathique, et une station de bus. J’ai mis de l’eau dans mon vin, comme on dit, pour prendre le bus vers Muroto. Sans ça, je n’aurais jamais rattrapé les filles. Avec les petites journées tourisme que l’on fera, ça devrait m’équilibrer par rapport à la marche pure.

Le bus nous lâche avant le temple 24, l’occasion pour nous d’une petite marche dans la jungle japonaise. On croise une grotte sacré, où Kukai est rentré en méditation il y a fort longtemps, et je me risque à l’explorer un peu quand une chauve souris me rase pour s’échapper du piège que je lui tendais. Elles sont un poil plus grosse que celles de Saint Christophe la Grotte, je vous l’avouerais. Épo rentre à son tour, avec sa frontale, et observe un peu, puis sors en courant. Elle a vu un scolopendre énorme, ou tout une famille. Curieuse Morgane s’avance pour les trouver elle aussi, et prend peur à la taille des engins. Mais ils étaient déjà partis quand je suis arrivé à mon tour. Je ne peux donc pas vous faire de rapport détaillé, mais ils mesuraient entre 30 et 50 cm, et se soulevaient de plus de 3cm du sol en marchant d’après les informations de mes exploratrices.
Nous avons marché vers le temple 24 donc, avec ribambelle de papillons pour nous aider à grimper, comme les princesses de Disney, et sous cette belle chaleur, nous avons atteint le portail. Ce temple fait forte impression, avec sa couverture végétale dense, son rocher usé par plein de petits cailloux et sa pagode pastelle. C’est aussi la première fois que je déçois un calligraphe. Jusque là, la plupart me félicitaient pour mon deuxième tour, m’encourageaient à continuer, à grand renforts de sourires et de douces paroles. Lui, me voyant arriver, se dit qu’il va faire sa plus belle oeuvre, il prend une grande inspiration, trempe son pinceau exactement comme il le désirait, et … vois que j’ai déjà la calligraphie et qu’il n’y a plus que les tampons à apposer. Dans un soupire, il m’a rendu le livre, résigné…

On a mangé dans le temple, puis l’on s’est dirigé vers la plage, une fois de plus, pour admirer cette eau, et ses rochers si particuliers. Les filles n’ont pas résisté à l’envie de se baigner dans une petite crique, je suis resté à admirer le ressac et les tourbillons furieux des vagues entre les pierres.


On a ensuite vu un endroit très particulier, où, suite au mouvement des plaques, les strates d’ordinaires horizontales, sont verticales. Une nouvelle occasion de s’émerveiller devant la nature, puis un départ pour le Muroto Dolphin Center, où j’ai entendu dire qu’il y avait une hutte. Problème arrivé là bas, la hutte n’est pas commode du tout. Alors on se remet en marche pour le temple 25, entouré d’hotels. le temple en lui même était très beau, un peu haut, mais beau.




Le Business Hotel, d’ordinaire pas très cher, était à 4000 Y, trop cher pour les filles. Elles ont décidé de pousser leur chance et d’aller dans une hutte, 500m plus loin, je suis resté dans un Ryokan très sympathique, moins cher que l’hotel et plus traditionnel. Peut être trop, puisque ma lampe a explosée à la première utilisation. Mais je n’allais pas veiller tard de toutes façons !





Day 12

Je m’arrêterait à ce jour là, pour pas vous en donner trop. En fait, je n’en suis pas sûr, parce que je n’ai pas internet souvent. Mais bon, vous avez l’habitude ! Et si vous n’avez pas l’habitude, je vous prie de m’en excuser.

Je me suis levé assez tôt, mais je suis rappelé que je devais rejoindre les filles, alors j’ai trainé un peu. J’ai regardé la télé, avec un jeu assez intéressant, où les candidats travaillent ensemble, par équipe de 5, pour donner chacun leur tour des réponse à des questions comme : les pays d’Afrique, les écrivains célébres ou les mots finissant par tel Kanji. Entre ça et les émissions où les concurrents doivent manger une omelette aux nouilles de 4kg, j’ai fait mon choix.

Je me lance sur les routes, pour trouver les filles, dans une cabane, avec une table pleine de nourriture et d’affaires diverses. Je ne m’étais pas trompé dans l’horaire on dirait ! On traine encore le temps d’un café et on traine nos pieds jusqu’au temple 26. C’est un temple assez imposant, interdit aux hommes il y a encore pas si longtemps que ça. Je me surprend à attendre un chat, qui lors de ma première visite m’avait barré la route tel un sorcier impitoyable sur un pont. Ce coup ci, point de matou en vue, seulement cette petite descente douce jusqu’à la ville. On devait s’arreter dans des petites ruelles bien inspirantes sur le papier, pas tellement dans la vie. Alors quand le moral baisse … RESTAURANT! Encore une fois, on ne comprend rien aux kanjis, alors on se laisse aller à la chance. La dame arrive et pose tout sur la table, sans que l’on sache qui a quoi ! Épo prend une soupe et les bol de riz avec un oeuf cassé dessus et des boût de viande coupés en dés, Morgane les ramens, et je me retrouve avec rien ! Je demande à la dame, et elle explique que Épo n’a que la soupe, et que j’ai le bol de riz hyper protéiné ! La chance sourit aux barbichettes !

Les filles en avaient plein les pattes, et voulaient prendre un bus. Je décidais de marcher la fin du trajet, afin de ne pas trop perdre d’entraînement, parce qu’à force de prendre les bus, je risque de ne plus être dans le bain du tout ! Un avant goût de ce qui m’attend par la suite, je marche seul, en espérant que les rues me pardonnent. On se retrouve à Tano town, pour une petite maison pas trop éloignée du centre.
J’arrive à retrouver l’endroit de mémoire, et un mot nous indique que l’on peut rentrer, s’installer et prendre le téléphone fixe pour appeler la propriétaire. J’appelle donc, pour se rendre compte que la voix ne vient pas tant du téléphone que de dehors. Elle rentrait justement. Ce petit boût de femme m’avait épaté lors de mon premier séjour. Elle avait géré 7 personnes dans sa petite maison comme une chef, rassasié tout le monde, fait la lessive. Ce coup ci, elle n’aura que 4 invité, mais elle ne se laisse pas aller pour autant ! Le repas est excellent, avec aubergines sautées, petits légumes, salade et riz sauce curry/légumes. Les filles n’en revenaient pas d’une telle profusion. J’y étais habitué, presque malgré moi.


Elles n’ont pas eu beaucoup l’occasion de tester la cuisine nippone, dormant dehors presque tous les jours, se nourrissant de ramen à faire soi-même et de purées liofilisées variées. J’espère qu’elles se rattraperont à Kyoto. En tout cas, c’est mon premier 25 km+ depuis longtemps, alors je file me coucher !

A bientôt !
Et en bonus, je suis devenu un géant, pour preuve, me voici devant une camionnette japonaise !









jeudi 8 novembre 2018

plusieurs jours en un post ! 8 et 9 ! Une affaire !

Je m’étais plus ou moins promis avant de partir, que cette année je ne ferais pas de jours de ouf. Et pourtant, c’est bien ce qui allait se passer. Les filles m’annoncent que l’on se retrouve au temple 23 ce soir. Elles s'y rendent en train. En faisant un peu les calculs, je me retrouve avec une journée de 35 km au minimum, sûrement plus, avec un bon dénivelé pour commencer ! Qu’est que l’on ferait pas pour 3 jolies henros.

On commence par un petit déjeuner de héros, avec un retard de 2 min d’un japonais qui s’est immédiatement confondu en excuses. Soupe miso (algues/tofu), poisson frit, omelette riz. Quelques mandarines pour la route, et des onigiris pour le déjeuner (des boules de riz fourrées). Quand j’ai annoncé mon planning, ils m’ont donné un onigiri supplémentaire, en me disant que j’en aurais besoin. Et ils avaient raison. La dame a essayé de réserver le logement en temple pour nous 4, sans réponse. Elle m’a dit d’essayer plus tard.

Le premier temple donne le ton, il monte de 500m dans la montagne lui aussi. Et toujours cette sensation de paix indescriptible quand on arrive en haut. D’autant que l’ambiance de ce temple est assez prennante. Il se décompose en plusieurs niveaux, séparé par des escaliers. On passe de petits temples avec des peintures de dragons au plafond à de grands temples, au milieu d’arbres gigantesques. J’ai demandé pour le temple 23, personne ne répond au téléphone. Ils m’ont eux aussi dit d’essayer plus tard.

Je n’avais pas tellement le temps, mais je l’ai pris. J’emprunte la route ancienne pour redescendre de ce temple, car il passe par un endroit spécial. Après une petite montée entre les statues de divinités, on arrive à un petit temple. Et là, au sommet d’un rocher, un kukai assis en tailleur, en train de méditer. Et quand on se rapproche, on comprend pourquoi il a choisit cet endroit. La vue est tout simplement incroyable, avec les vallées, les sommets, la mer au loin, … Je me suis laissé allé à la méditation moi aussi, dans ce endroit mystique.  Et puis le chemin m’appelle. Je retrouverais certainement Kukai à un moment.



Sur la descente, tout euphorique, j’allais bon train quand je me suis stoppé instinctivement. À un mètre de moi, un serpent profitait lui aussi de cette matinée ensoleillée. Il ne fut pas long à s’en aller, et après avoir remercié mes reflexes de survie, je suis allé sur les chemins d’un pas plus lent. Et j’ai bien fait, car dans cette seule descente, pas moins de 3 serpents se doraient les écailles!!!
Le temple 22 arborait toujours fièrement les couleurs sacrées, qui étincellaient au soleil. En entrant, je me suis rendu compte de la présence de quelques lycéeens, intrigués par ce henro barbu. Le professeur attendait dans un coin du temple, l’arrivée d’autres groupes, qui ne manquaient pas de saluer le sensei bien bas quand ils arrivaient. Une sorte de jeu de piste, de ce que j’en ai vu. Alors que je récitais le sutra du coeur, j’ai pris conscience de la présence de nombreuses personnes sur des tables, en train de prendre un repas bien mérité. Ce sont les personnes qui jardinnent, élaguent, remettent des couleurs, les volontaires qui font que ces endroits sont aussi beaux, qui prennaient des forces avant de rattaquer le boulot. Avant de partir, un car de touristes rentrait dans le parking. Décidement bien chargé comme petit temple.

La marche qui s’en est suivie était plutôt intense, et pas très intéressante pour tout dire. Par exemple, sur un tronçon de 4 km, je n’ai pas croisé une voiture ! J’avais donné une dernière chance au temple 23 de nous recevoir les filles et moi. L’appel s’est plutôt mal passé, et s’est conclu sur un refus pour cause de trop plein. J’ai alors contacté une guest house recommandée par ahohi. Et plus rien n’était compliqué. On pouvait arriver à l’heure que l’on voulait, avec ou sans les filles, (3 filles pour vous, chanceux m’a t’elle dit dans un français parfait au téléphone) Oui parce c’est un couple franco japonais qui tient l’endroit. Je n’ai pas trop profité de la plage, j’ai filé pour faire ma calligraphie à temps. Je sais que la côte ne me quittera pas avant le temple 38, j’aurais le temps d’en profiter. Le temple 23 se dessinait au loin, un grand temple, tout étagé. Après mes prières, je suis allé au stupa en hauteur, d’abord pour le petit parcours dans le noir avec les prières en haut parleur, les calligraphies et les tableaux, puis pour la vue sur le port.

Après avoir fait le tour de la ville pour chercher les filles, je me suis rendu au Guest House pour poser le sac et établir un QG de recherche. Sur le chemin, j'entends les taules autour de moi faire pas mal de bruit. Je me dis que le vent doit être fort, mais je m'affole pas plus que ça. En passant par la porte de mon hébergement, j’aperçois les filles, qui avaient sélectionné le même endroit sans savoir que j’avais réservé une heure avant leur arrivée. On m'annonce aussi qu'il y a eu un tremblement de terre (c'était donc ça le bruit !) Le propriétaire nous explique comment faire en cas de secousses, rester dans la maison si on est à l'étage (les maisons sont conçues pour que le premier étage reste droit alors que le rez de chaussé se couche) de sortir si on est en bas, et de courir vers les montagnes ou les tours anti tsunami si le tremblement dure longtemps. En espérant que je ne m'en serve jamais !
Le guest house est une perle. Un endroit splendide, ancien, rénové avec soin.
J’étais très heureux de retrouver les filles, de les voir s’extasier devant les yukata (sortes de peignoirs que l’on donne dans les hébergements pour se sentir à l’aise) ou de raconter leurs aventures, mais le sommeil était là. Je me suis effondré sans trop de délai dans mon futon.

Jour 9



Les filles ont décidé de me suivre ce jour. Enfin pas toutes ! Lili, l'australienne, en avait assez vu, son pays lui manquait, il était temps pour elle de rejoindre son île. Après quelques calins, et un petit déjeuner copieux, on prend la route pour la côte!
Cette route m'avait déjà fait grande impression il y a deux ans, et ça se confirme. Les filles aussi aiment l'endroit. Les petites criques, le contraste entre le bleu de l'océan et le vert émeraude de la forêt tropicale, l'absence quasi total de trafic malgré ce samedi ensoleillé. Tout les ingrédients étaient là pour que l'on apprécie ce moment. Tout ?


Malheureusement non. Les filles subissaient la marche sur le bitume. Eponine se plaint du pied, une cheville qui en a bavé et d'autre tracas, et Morgane le tendon qui chauffe et qui enfle. Je m'en veux presque de me sentir bien. Je ne vous dirais pas que le pèlerinage ne m'affecte pas (j'ai même réussi à perdre 2 kg, alors que je mange comme 4) mais mis à part les pieds qui tirent en milieu d'après midi, tout va bien.



On prend une grosse pause proche d'un sanctuaire shinto, histoire de recharger les batteries et l'estomac, et on se remet en route. Saba Daishi, notre arrivée, n'est plus très loin. Je sentais déjà l’excitation monter en moi. La dernière fois, j'avais eu droit à une belle cérémonie, celle du feu (vous vous souvenez ?) et on m'a demandé d'y être avant 17h, pour prendre le repas. Il se trouve que si on mange aussi tôt, c'est pour que l'on puisse faire la cérémonie pas trop tard! Alors j’étais plein d'espoir.


J'ai arrangé l'hébergement gratuit pour les filles, qui ne pouvaient pas aller plus loin dans leur état et j'ai suivis un petit homme sympathique. J'ai nettoyé le bâton religieusement, puis l'on m'a montré ma chambre. Je connais un peu les kanji maintenant, et ma chambre, c'est Kannon. Une divinité bouddhiste qui prend le nom de Kannon au Japon, mais elle a bien d'autres nom (c'est même un homme en Inde pour vous dire) Kanjisai, une de ses formes, bodhisattva (Dieu) de la vraie liberté, celui que l’on invoque au début de l’Hannya Shingyo (le sutra du coeur que l'on récite à tous les temples). Parce qu’il comprend, par l’observation de zazen (exercice de vide intérieur), que toutes les perceptions et tous les phénomènes sont sans substance, ku, vacuité, il demeure tranquille et sans crainte, mushotokou, sans ego. Parce qu’il n’est pas mené par les phénomènes, il incarne la vraie liberté. Parce qu’il réalise que toutes les souffrances sont ku, il aide, résout et coupe, par cette compréhension, la racine de toutes les souffrances. Cet aspect du Dieu est préféré pour les Ohenros étrangers, qui, ne parlant pas bien japonais, observent, en silence, et réalisent eux aussi la vacuité de nombreuses choses.
Le drame, c'est que l'on m'a annoncé le repas à 18h. Étant tout seul, je me suis dis que je n'aurais pas l'opportunité de voir la cérémonie une nouvelle fois. Mais je me trompais ! C'était pour attendre des japonais qui arrivaient en retard. Et pour tout vous dire, à Saba Daishi, je savais que ça déconnait pas tant que ça. Je me suis rendu dans la salle de repas 15 minutes avant l'heure prévue. Le prêtre principal (oui, le même que la dernière fois !!!) m'attendait.
Son allure à toujours déclenché en moi une sensation étrange, comme si je pouvais devenir son élève à tout moment. Après quelques échanges, et des sourires, on a attendu les japonais qui étaient en RETARD !!! Mon Kukai, les excuses qu'ils ont proférés en entrant dans la pièce, c'était impressionnant. On a récité le sutra du coeur avec le prêtre (les jap le connaissaient moins que moi ^^) puis on a eu le droit de manger.
Le repas de fou avec sashimi à l’oignon, tempura d’oignon, d’aubergine de patate douce, de kaki, d’aubergine et de poivron, l’omelette aux champi, les deux soupes (algues/miso) les légumes frais, les haricots, le tofu congelé et séché (Koya Dofu) les pommes, … Mon premier vrai, vrai moment gastronomie !
Et puis, je suis retourné dans ma chambre, revêtir ma chasuble blanche, mon écharpe, mon chapelet, de l'encens, une bougie, un briquet. Et je me suis rendu au départ de l'initiation. On marche sur les empreintes de Bouddha pour aligner les Chakras des pieds (et ils en ont besoin !), on marche sur les fleurs de lotus en céramique pour ... je dirais si j'étais vulgaire pour défoncer la plante des pieds (parce qu'on est en chaussettes évidement) mais je suis certain qu'il y a une explication rationnelle sinon ésotérique à cela. Pour faire passer la douleur, on a le droit à des belles photos de henros en groupe qui marchent devant des couchers de soleil (et tout henro à dû se dire, coucher de soleil + toujours pas installé = c'est pas bon pour eux !), puis l'on descend dans ce fameux couloir, avec 88 fleurs en relief à supporter pour figurer un petit pèlerinage pour les gens qui ne pèlerinnent pas (et pour rappeler aux henros que c'est pas encore terminé)
Et enfin, La grande pièce, tout comme dans mon souvenir, les statues de Fudo Myõ dorées partout, les petites bougies qui éclairent à peine la pièce, l’énorme bol accroché au plafond... Tout était là. Les chants, gutturaux, calmes, puis le feu, les offrandes d'encens, de fleurs et d'huiles, la fumée, l'odeur, le tambour d'abord lent, puis brutal, les chants à présent hurlés, le feu qui prend des dimension infernales, et puis le calme qui revient, progressivement. Nos chapelets bénis par la fumée, notre être bénis par un énorme bâton plein de cercles en fer.
On ne revient pas pareil de cette grotte. Le plus incroyant aura senti quelque chose. Une force, une chaleur, une renaissance peut être. Les filles ont entendu le tambour de dehors. Pourrais-je leur expliquer ce que j'ai vécu... Pourrez vous le saisir, de tout là bas ?

lundi 5 novembre 2018

jour 7, la discorde


J’ai essayé d’arranger un boût de plan pour la journée. Les filles voulaient zaper le bekkaku 3 (temple supplémentaire sera maintenant marqué bekkaku, parce que temple supplémentaire c’est trop long !) Mais je savais qu’il était vraiment beau alors qu’il pleuvait quand j’y suis allé. Pour l’instant, le pire qu’il nous est arrivé, c’est 2 nuages dans le ciel. Cette chance ne durera peut être pas, alors profitons en ! On a donc opté sur un juste milieu, avec une marche jusqu’au bus pas loin, le bus pour éviter la montée progressive jusqu’à Sakamoto (au cas ou quelqu’un connaisse) et on marche jusqu’au temple. Puis on monte à la petite grotte au dessus, on redescent pour voir la cascade et on file au bus pour aller faire le temple 20. Adopté à l’unanimité.


Le matin était un peu dur pour les filles puisqu’il fallait marcher pas loin de la route. J’y étais habitué seul, c’est vrai que c’est pas le top, mais on y peut pas grand chose alors autant avancer. On trouve le bus, on monte dedans et nous voilà en route vers la montagne qui m’avait marquée physiquement, sous la pluie, pour une journée épique. Je me sentais plus en confiance avec ce bolide qui nous emmène droit vers la bête qui a fait frémir plus d’un marcheur, j’ai nommé jigenji. A la sortie du bus, pour arranger un peu le dos et battre des records de montée, on a posé les sacs dans un temple shinto. Et par cette belle journée donc, on se lance à l’assaut du dénivelé. Les couleurs de l’automne ravissent les yeux, les quelques fleurs et les pins flattent nos narines, les trois filles qui m’accompagnent subliment les tout, le bonheur. Entre forêts et petits vergers, petite cascades et esquives d’araignées, on arrive au temple, effectivement magnifique, tout là haut.


Enfin pas tout à fait tout en haut puisqu’il nous faut encore monter au sanctuaire, situé pas loin du sommet. Une nouvelle montée un peu drue nous attend, la vue étant toujours là pour nous aider à ne pas céder, et on arrive au sanctuaire shinto. Quelques marches en fer escarpées plus loin, on se rapproche de ce qui semble être une toute petite grotte, mais une petite mamie nous dissuade d’aller plus avant, sous pretexte que c’était dangereux. Si elle savait que la moitié du groupe se compose de guide de grottes, elle aurait sûrement révisé son jugement. Et c’est difficile de mimer une grotte sans apparaître potentiellement vulgaire. Il nous reste une cascade sur le programme, et un repas à partager à son pied.




La redescente se fait plutôt très bien, la cascade de 60 m de haut est facile à trouver, et l’endroit est superbe, une nouvelle fois. La cascade n’a pas beaucoup de débit, probablement parce qu’on est chanceux question météo, mais les couleurs sont là. On prend notre temps pour manger, peut être trop, mais on peut encore s’en sortir. On reprend la route l’estomac plein, pour retrouver le sentier de la descente. Oui mais voilà,  les filles trouvent une petite rivière trop belle. Éponine me pose la question pour savoir si on a le temps de se baigner, je répond non avant de la voir s’aventurer sur les berges en suivant liliane qui enlevait déjà ses chaussures… S’en était sûrement trop pour moi, après avoir arrangé tout ça, de voir les plans ruinés par une rivière, alors je suis parti devant. J’ai croisé des singes pas habitués à voir des pèlerins touristes, et je me suis rendu aux sacs en avance.

Le temps de rapprocher les sacs des filles, je vois un bus passer devant moi. J’ai attendu 30 minutes à cet arrêt, sans voir les filles. Je me suis renseigné autour de moi, il s’avère que ce bus était le dernier. Rien de mieux pour se calmer que de marcher. Après avoir griffoné des instructions sur des papiers pour les filles, je suis parti vers le temple 20 en mode powerwalking. Mais je n’étais pas encore calmé. Ce qui m’a bien détendu, c’était la montée du temple 20, presque 500m en 1,5 km. A bout de souffle, je fais ma calligraphie et demande des plans pour ce soir. Après avoir appelé plusieurs endroits, on me trouve une chambre d’hôte, Aoi (Ahohi). Il me faut juste descendre la montagne, on viendra me chercher. Alors je repars le coeur vaillant, dans la forêt qui n’a pas été épargné par le typhon. Les arbres tombés sont impressionants, et le travail pour remettre le chemin en état encore plus. Je double des papis, me retrouve à la hutte, mon point de rencontre.
Les vieux arrivent, ma chauffeuse aussi. Elle prend un vieux et moi (le dernier vieux doit encore être dans la forêt à l’heure où j’écris ces lignes) et on se dirige sur une mini route vers notre hébergement.


L’endroit est très beau, rien à redire sur les chambres, mais le salon du repas est proprement incroyable. Tout en panneau de papier, un beau parquet, des poutres apparentes, et un foyer de cendre encaissé dans le centre de la pièce. On s’installe autour, sur des coussins au sol. Les 2 papis qui m’accompagnent étaient déjà en train de siroter de l’alcool, et j’avais un litre de bière et 25cl de saké chaud qui m’attendaient pour mon repas. La farandole de petits plats apportés par la maitresse de maison annonce un repas succulent, et long. Une soupière chauffe au centre de la “table”, soupe aux algues et champignons, quelques légumes, du poulet sauce soja, du riz, une petite salade de tomate, … et j’ai oublié le reste parce que le repas était bien arrosé au vue des km parcourus, et des discussions intéressantes. Un papi m’avais donné son portable, avec google traduction installé dessus. Je pouvais suivre quelques bribes de conversations, et soulever l’intérêt général quand j’annonçais que j’avais presque pas mal aux pieds (ils m’ont fait enlever mes chaussettes pour être sûrs!)

C’était certainement une des raisons pour moi de faire ce pèlerinage, rencontre d’autres personnes, partager les gastronomie locale, marcher pour trouver un état méditatif, … C’est cette différence de point de vue que l’on a partagé avec les filles. Elles comprennent mon truc, je comprend l’envie d’en profiter et de ne pas se ruiner les pieds. On s’arrangera autrement par la suite. Et vous, vous feriez comment ?

A bientôt

samedi 3 novembre 2018

jour 6 S’échapper

Sur le réveil, je dois vous avouer quelque chose, j'ai demandé à Mr Sakae de me conduire au temple car j'ai oublié mon livre/guide de Shikoku là bas, et mon juzu, chapelet de prière bouddhiste... Bien sûr qu'il était là bas, que quelqu'un l'avait donné au bureau des calligraphies, parce qu'on est au Japon. Ce petit chapelet coûte cher, car chacune des 20 perles qui le composent provient d'un temple supplémentaire. Vous avez vu les marches pour l'atteindre, vous savez que j'y tiens plus que tout ! Je me suis surpris à observer les gens un moment, à me demander qui me rattrapera pendant que je serais dans les montagnes à prier Dieu sait quel Dieu.

Mon objectif de la journée était plutôt clair, tracer la route très vite et m'échapper de la ville le plus rapidement possible. Et le trafic était là pour me motiver. La circulation était dense, le bruit et les gaz d'échappement, les gens tristes, ... Heureusement, après un petit pont, je vois mon échappatoire. Une petite route, qui monte sec, entre les écoles et les temples, pour trouver un sentier de montagnette, bien loin des voitures et de tout ce que la civilisation à de plus déprimant. Du vert, des oiseaux, une petite rivière qui chante, ... Les cordes pour aider à passer le dénivelé n'entament pas mon moral, je suis dans mon élément. Bien sûr, cela ne dur pas, mais je bénéficie d'une trêve passagère. Ce chemin de montagne donne sur des lotissements et des usines bien sages. Tout le monde est affairé, personne dans les rues, je marche seul. 

Et puis, ...
Et puis la route 55. Fameuse route que les pèlerins du monde entier haïssent. 2 fois 2 voies, blindées de monde, les toyota et les suzuki hurlent sur les isuzu et les honda, et moi j'accélère pour m'arracher à cette menace. Et c'est la que je m'aperçois que le moral joue bien plus que l'on ne le croit sur notre vitesse de marche. Je croise des japonais que j'avais déjà vu sur le chemin du temple 12. Ils sortent d'une hutte, me disent que je marche vite et ils attaquent. Je n'arrive pas à les suivre... Eux que j'avais passé 3 fois dans les montagnes, en alternant pauses pour attendre les filles et marches à mon rythme de chamois. Eux les suants, à bout de souffle en haut des marches. Eux donc, me distançaient sans y prêter trop d'attention. J'ai abandonné ce rythme infernal pour aller chercher à manger, et j'ai repris la route à mon rythme de chamois sur le goudron...

J'ai pu les rattraper un peu avant le temple 18, car en bons japonais ils ont pris la route pour éviter une sente dans les bambous. Pendant ma pause repas, épo et morgane me rejoignent et on tire les plans pour la soirée. Elles ont prit le bus pour éviter les 20km de ville, elles sont donc plus que partantes pour la marche qui les attends. Je fais un peu moins le fier, mais je le montre pas ! On a tous notre petite fierté. Je suis surtout très heureux de finir cette journée avec la pêche, alors que quand je relis le poste du même jour il y a deux ans, j'en menais pas large !

On se dirige vers le temple 19, qui n'offre rien de vraiment spécial. On se demande si l'on reverra Liliane l'australienne et PAF ! Voilà qu'elle débarque d'une voiture juste avant que l'on parte ! Je crois que sur Shikoku, les rencontres ne se font pas par hasard. Nous voilà donc une joyeuse compagnie de 4 pèlerins (dont un chanceux) en direction de notre hutte pour la nuit. Et attention la hutte grand luxe !

Table, chaise, futons et couverture, cuisinière, toilettes et vaisselle. Le 4 étoile de la hutte pour pèlerin.
On se couche néanmoins assez tôt, car demain, comme souvent sur Shikoku, il y a un grand jour. Une bête qui fait frémir les pèlerins à sa seule mention : Jigenji !