lundi 5 novembre 2018

jour 7, la discorde


J’ai essayé d’arranger un boût de plan pour la journée. Les filles voulaient zaper le bekkaku 3 (temple supplémentaire sera maintenant marqué bekkaku, parce que temple supplémentaire c’est trop long !) Mais je savais qu’il était vraiment beau alors qu’il pleuvait quand j’y suis allé. Pour l’instant, le pire qu’il nous est arrivé, c’est 2 nuages dans le ciel. Cette chance ne durera peut être pas, alors profitons en ! On a donc opté sur un juste milieu, avec une marche jusqu’au bus pas loin, le bus pour éviter la montée progressive jusqu’à Sakamoto (au cas ou quelqu’un connaisse) et on marche jusqu’au temple. Puis on monte à la petite grotte au dessus, on redescent pour voir la cascade et on file au bus pour aller faire le temple 20. Adopté à l’unanimité.


Le matin était un peu dur pour les filles puisqu’il fallait marcher pas loin de la route. J’y étais habitué seul, c’est vrai que c’est pas le top, mais on y peut pas grand chose alors autant avancer. On trouve le bus, on monte dedans et nous voilà en route vers la montagne qui m’avait marquée physiquement, sous la pluie, pour une journée épique. Je me sentais plus en confiance avec ce bolide qui nous emmène droit vers la bête qui a fait frémir plus d’un marcheur, j’ai nommé jigenji. A la sortie du bus, pour arranger un peu le dos et battre des records de montée, on a posé les sacs dans un temple shinto. Et par cette belle journée donc, on se lance à l’assaut du dénivelé. Les couleurs de l’automne ravissent les yeux, les quelques fleurs et les pins flattent nos narines, les trois filles qui m’accompagnent subliment les tout, le bonheur. Entre forêts et petits vergers, petite cascades et esquives d’araignées, on arrive au temple, effectivement magnifique, tout là haut.


Enfin pas tout à fait tout en haut puisqu’il nous faut encore monter au sanctuaire, situé pas loin du sommet. Une nouvelle montée un peu drue nous attend, la vue étant toujours là pour nous aider à ne pas céder, et on arrive au sanctuaire shinto. Quelques marches en fer escarpées plus loin, on se rapproche de ce qui semble être une toute petite grotte, mais une petite mamie nous dissuade d’aller plus avant, sous pretexte que c’était dangereux. Si elle savait que la moitié du groupe se compose de guide de grottes, elle aurait sûrement révisé son jugement. Et c’est difficile de mimer une grotte sans apparaître potentiellement vulgaire. Il nous reste une cascade sur le programme, et un repas à partager à son pied.




La redescente se fait plutôt très bien, la cascade de 60 m de haut est facile à trouver, et l’endroit est superbe, une nouvelle fois. La cascade n’a pas beaucoup de débit, probablement parce qu’on est chanceux question météo, mais les couleurs sont là. On prend notre temps pour manger, peut être trop, mais on peut encore s’en sortir. On reprend la route l’estomac plein, pour retrouver le sentier de la descente. Oui mais voilà,  les filles trouvent une petite rivière trop belle. Éponine me pose la question pour savoir si on a le temps de se baigner, je répond non avant de la voir s’aventurer sur les berges en suivant liliane qui enlevait déjà ses chaussures… S’en était sûrement trop pour moi, après avoir arrangé tout ça, de voir les plans ruinés par une rivière, alors je suis parti devant. J’ai croisé des singes pas habitués à voir des pèlerins touristes, et je me suis rendu aux sacs en avance.

Le temps de rapprocher les sacs des filles, je vois un bus passer devant moi. J’ai attendu 30 minutes à cet arrêt, sans voir les filles. Je me suis renseigné autour de moi, il s’avère que ce bus était le dernier. Rien de mieux pour se calmer que de marcher. Après avoir griffoné des instructions sur des papiers pour les filles, je suis parti vers le temple 20 en mode powerwalking. Mais je n’étais pas encore calmé. Ce qui m’a bien détendu, c’était la montée du temple 20, presque 500m en 1,5 km. A bout de souffle, je fais ma calligraphie et demande des plans pour ce soir. Après avoir appelé plusieurs endroits, on me trouve une chambre d’hôte, Aoi (Ahohi). Il me faut juste descendre la montagne, on viendra me chercher. Alors je repars le coeur vaillant, dans la forêt qui n’a pas été épargné par le typhon. Les arbres tombés sont impressionants, et le travail pour remettre le chemin en état encore plus. Je double des papis, me retrouve à la hutte, mon point de rencontre.
Les vieux arrivent, ma chauffeuse aussi. Elle prend un vieux et moi (le dernier vieux doit encore être dans la forêt à l’heure où j’écris ces lignes) et on se dirige sur une mini route vers notre hébergement.


L’endroit est très beau, rien à redire sur les chambres, mais le salon du repas est proprement incroyable. Tout en panneau de papier, un beau parquet, des poutres apparentes, et un foyer de cendre encaissé dans le centre de la pièce. On s’installe autour, sur des coussins au sol. Les 2 papis qui m’accompagnent étaient déjà en train de siroter de l’alcool, et j’avais un litre de bière et 25cl de saké chaud qui m’attendaient pour mon repas. La farandole de petits plats apportés par la maitresse de maison annonce un repas succulent, et long. Une soupière chauffe au centre de la “table”, soupe aux algues et champignons, quelques légumes, du poulet sauce soja, du riz, une petite salade de tomate, … et j’ai oublié le reste parce que le repas était bien arrosé au vue des km parcourus, et des discussions intéressantes. Un papi m’avais donné son portable, avec google traduction installé dessus. Je pouvais suivre quelques bribes de conversations, et soulever l’intérêt général quand j’annonçais que j’avais presque pas mal aux pieds (ils m’ont fait enlever mes chaussettes pour être sûrs!)

C’était certainement une des raisons pour moi de faire ce pèlerinage, rencontre d’autres personnes, partager les gastronomie locale, marcher pour trouver un état méditatif, … C’est cette différence de point de vue que l’on a partagé avec les filles. Elles comprennent mon truc, je comprend l’envie d’en profiter et de ne pas se ruiner les pieds. On s’arrangera autrement par la suite. Et vous, vous feriez comment ?

A bientôt

samedi 3 novembre 2018

jour 6 S’échapper

Sur le réveil, je dois vous avouer quelque chose, j'ai demandé à Mr Sakae de me conduire au temple car j'ai oublié mon livre/guide de Shikoku là bas, et mon juzu, chapelet de prière bouddhiste... Bien sûr qu'il était là bas, que quelqu'un l'avait donné au bureau des calligraphies, parce qu'on est au Japon. Ce petit chapelet coûte cher, car chacune des 20 perles qui le composent provient d'un temple supplémentaire. Vous avez vu les marches pour l'atteindre, vous savez que j'y tiens plus que tout ! Je me suis surpris à observer les gens un moment, à me demander qui me rattrapera pendant que je serais dans les montagnes à prier Dieu sait quel Dieu.

Mon objectif de la journée était plutôt clair, tracer la route très vite et m'échapper de la ville le plus rapidement possible. Et le trafic était là pour me motiver. La circulation était dense, le bruit et les gaz d'échappement, les gens tristes, ... Heureusement, après un petit pont, je vois mon échappatoire. Une petite route, qui monte sec, entre les écoles et les temples, pour trouver un sentier de montagnette, bien loin des voitures et de tout ce que la civilisation à de plus déprimant. Du vert, des oiseaux, une petite rivière qui chante, ... Les cordes pour aider à passer le dénivelé n'entament pas mon moral, je suis dans mon élément. Bien sûr, cela ne dur pas, mais je bénéficie d'une trêve passagère. Ce chemin de montagne donne sur des lotissements et des usines bien sages. Tout le monde est affairé, personne dans les rues, je marche seul. 

Et puis, ...
Et puis la route 55. Fameuse route que les pèlerins du monde entier haïssent. 2 fois 2 voies, blindées de monde, les toyota et les suzuki hurlent sur les isuzu et les honda, et moi j'accélère pour m'arracher à cette menace. Et c'est la que je m'aperçois que le moral joue bien plus que l'on ne le croit sur notre vitesse de marche. Je croise des japonais que j'avais déjà vu sur le chemin du temple 12. Ils sortent d'une hutte, me disent que je marche vite et ils attaquent. Je n'arrive pas à les suivre... Eux que j'avais passé 3 fois dans les montagnes, en alternant pauses pour attendre les filles et marches à mon rythme de chamois. Eux les suants, à bout de souffle en haut des marches. Eux donc, me distançaient sans y prêter trop d'attention. J'ai abandonné ce rythme infernal pour aller chercher à manger, et j'ai repris la route à mon rythme de chamois sur le goudron...

J'ai pu les rattraper un peu avant le temple 18, car en bons japonais ils ont pris la route pour éviter une sente dans les bambous. Pendant ma pause repas, épo et morgane me rejoignent et on tire les plans pour la soirée. Elles ont prit le bus pour éviter les 20km de ville, elles sont donc plus que partantes pour la marche qui les attends. Je fais un peu moins le fier, mais je le montre pas ! On a tous notre petite fierté. Je suis surtout très heureux de finir cette journée avec la pêche, alors que quand je relis le poste du même jour il y a deux ans, j'en menais pas large !

On se dirige vers le temple 19, qui n'offre rien de vraiment spécial. On se demande si l'on reverra Liliane l'australienne et PAF ! Voilà qu'elle débarque d'une voiture juste avant que l'on parte ! Je crois que sur Shikoku, les rencontres ne se font pas par hasard. Nous voilà donc une joyeuse compagnie de 4 pèlerins (dont un chanceux) en direction de notre hutte pour la nuit. Et attention la hutte grand luxe !

Table, chaise, futons et couverture, cuisinière, toilettes et vaisselle. Le 4 étoile de la hutte pour pèlerin.
On se couche néanmoins assez tôt, car demain, comme souvent sur Shikoku, il y a un grand jour. Une bête qui fait frémir les pèlerins à sa seule mention : Jigenji !



jeudi 1 novembre 2018

jour 5, La ville arrive

C'était décidé. Apres avoir fini de descendre la montagne, les filles ont décidé de faire un planning plus light, qui comprenait des bus, train et autre stop, pour faire les parties qu'elles ne trouvaient pas intéressantes et me rejoindre pour les parties les plus belles. J'ai accepté ce fait, sachant que Shikoku en marchant c'était pas la même expérience pour tout le monde. Si il y a un tel respect parmi les henros pour ceux qui marchent tout d'une seule traite, c'est bien que ce n'est pas facile. On vous le rappelle assez souvent par ailleurs, à coup de Courage ! Bon voyage ! et Bats toi ! lancés à longueur de journée sur votre passage. On accordera nos violons plus tard, pour l'instant, moi, je dois marcher. Et effectivement, autant je suis un petit chamois dans les montagnes, autant les longues portions de route me ruinent la plante des pieds. 



Sauf que cette année, je sais que ça ne devrait n'être que temporaire ! Alors j'attaque les kilomètres avec entrain, et je trouve le temple supplémentaire numéro 2 dans un bien triste état. Lui qui m'avait laissé une bonne impression a vu son temple principal brûler l'année dernière. Avec un petit pincement au coeur, je reprend la marche, avec un peu plus d'un kilomètre dans un tunnel, et ils ne m'avaient pas manqués croyez moi ! L'air vicié, le bruit, l'absence de belles choses à regarder, ... Je sais qu'ils sont là, je sais qu'ils sont nuls, mais je n'y arrive pas... C'est le premier, pas le dernier, je ferrais avec !





Après avoir suivi la petite rivière, on se retrouve avant la ville et les temples 13 14 15 et 16 avec les filles qui ont fait du stop. La marche n'est pas incroyable, mais les temples ne manquent pas de charme. Ils sont, comme toujours, des petits havres de paix au milieu des voitures et des maisons. Je ne sais pas dans quelle mesure ils sont magnifiés par leur environnement et par la difficulté de la marche pour les atteindre, mais ça me va comme ça. Je suis bien content de les trouver !


Comme je suis bien content de trouver Sakae taxi, ce petit monsieur qui offre un hébergement aux pèlerins. Cette étape m'avait marqué pendant mon premier tour, 14 heures de sommeil si je me souviens bien. Mais cette fois ci, je me suis entraîné, et je tiens la cadence. Un petit détour par le temple 17 sans le sac, autant vous dire que les records de vitesse tombent dans ces cas là, pour voir que je suis 2 minutes en retard à l'arrivée ! Une dame a ameuté tout le quartier pour me trouver le moine en charge du temple et celui ci m'a prié de l'accompagner afin qu'il fasse m'a calligraphie. Ils sont sympas quand même ces japonais. 


Au retour, j'étais tout seul. Les filles sont allées chercher du gaz pour le réchaud, alors j'avais un peu le temps pour écrire. A leur retour, Mr Sakae à étudié les pieds des filles pour trouver les problèmes de cheville d'éponine en quelques instants, et il nous a offert une séance de reki rapide et gratuite. Ca fait tout drôle de sentir votre main vous brûler alors qu'il ne les touche même pas !


On se couche enfin, après une heure de discussion avec le proprio. La première fois j'avais dormi 14 h chez lui. Cette fois ci, ce sera moins. La prochaine fois, je ferrais des arrêts de 4 h avant de repartir qui sait ! Bonne nuit à vous, ou bonne journée ! Et oubliez pas les commentaires, j'aime bien, et je remercie ceux qui ont commencé !


jour 4, on monte


On savait que la journée était dure. Je l’avais vécu comme une renaissance. Enfin, une montagne, le sol mou sous les pieds, le vent dans les branches, les oiseaux, le vert, les odeurs de pins fraîchement coupés… Je savais déjà que j’allais apprécier cette étape. Mais voilà je n’étais pas seul. Est ce que les filles verront cela comme une renaissance ? La suite vous le dira.


Le départ un peu tôt, mais pas trop parce que les filles ne sont pas du matin, entre une qui a besoin d’une heure pour décoller ses paupières et l’autre qui doit dire bonjour à tous les papillons (je les cite) on part pas trop tôt. Donc avec une heure et demie de retard on décolle pour la montagne. Et la magie ne prend pas tout de suite, c’est le moins que l’on puisse dire ! J’ai réduit un peu le kilométrage mais pourtant, c’est beaucoup, presque trop. Mais je connaissais la fin, je savais que ça valait le coup, alors vaille que vaille, on attaque la première montée. Le rythme est plus lent, mais je m’adapte. Je pars en éclaireur, et je fais des pauses régulières. J’ai pu sortir le drone pour faire quelques prises de vue (jusque la j avais trop de vent)









Tout allait bien donc ! Je croisais les pèlerins qui marchaient plus doucement que moi, 3 japonais, un americain, 2 philippins, un d'Hawai, et je les laissais passer ensuite quand j attendais les filles. Mais épo avait déjà le mal du pays et une maladie qui ne voulait pas passer, et Morgane était en pleine forme mais elle savait qu elle ne restait pas longtemps (3 semaines en tout) Je crois qu'elles savaient déjà qu'elles ne verraient pas le temple 88, pour sûr. 

Mais nous, on allait au temple 12, une beauté perchée en haut d'une montagne, au milieu de la forêt. Une ambiance calme et sereine. Nous recroisons l'Australienne et le Suisse, on profite un moment de ce bel endroit, et puis on redémarre. 




Et c'est dur, une nouvelle fois, après le gros dénivelé du matin, la petite butte de fin de journée parait interminable. Mais le résultat est là. La vallée s'ouvre, le paysage se fait grandiose, et notre hutte se dévoile doucement. Un petit cabanon perchée au milieu de nul part. On pose un tarp sur le côté le plus exposé, on fait peur aux araignées qui vivent la, et on s'installe pour la nuit. Le froid est mordant, la fatigue intense, alors on se couche sans tarder, pour une belle nuit de sommeil. Enfin, après que les hauts parleurs planqués au milieu de nul part nous annoncent quelque chose en japonais que l'on ne comprend pas, pour rajouter une petite ambiance glauque à l'endroit. Imaginez vous dormir dans une montagne, et vous entendez une musique genre SNCF, puis une voix déformée par l'écho qui pourrait annoncer la fin du monde et que vous ne comprenez pas. Pas top top, mais la vue en vaut la peine !


A bientot !